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16 Camerounais officiellement morts pour la Russie en Ukraine. 94 au total, plus que tout autre pays africain. Comment ils ont été recrutés, ce que le Kenya a obtenu, et la question que ça pose sur l'Afrique.
Publié le 2 mai 2026 à 09:34 UTC+0

Il y a quelques semaines, personne n'en savait rien. Puis un communiqué a été lu à la radio publique camerounaise CRTV. Une liste de 16 noms. 16 Camerounais morts sur le front ukrainien, dans les rangs de l'armée russe.
Pour la première fois, le gouvernement de Yaoundé reconnaissait officiellement ce que les familles savaient déjà dans la douleur depuis des mois.
Ils ne sont pas partis faire la guerre. Ils pensaient partir travailler. Des offres circulaient sur les réseaux sociaux : formations professionnelles rémunérées, programmes d'emploi à l'étranger, opportunités en Russie. Des promesses ciblées sur des jeunes en situation de précarité économique, souvent dans des villes secondaires camerounaises. Une fois arrivés, certains ont découvert la réalité : enrôlement dans l'armée russe, contrats opaques, impossibilité de rentrer.
Le collectif All Eyes on Wagner a documenté ce phénomène de façon systématique. Entre janvier 2023 et septembre 2025, au moins 1 417 Africains ont été enrôlés par Moscou dans le cadre du conflit ukrainien. Parmi ceux identifiés, plus de 300 sont morts. Le Cameroun enregistre le bilan le plus lourd : 94 morts sur 335 combattants identifiés. Derrière eux, les Égyptiens et les Ghanéens.
L'Ukraine, de son côté, estime que le nombre total d'Africains dans les rangs russes dépasse les 1 800.
Face à ce scandale, les réactions des gouvernements africains ont été très inégales. Le Kenya a été le plus réactif. Après la découverte que des centaines de familles kényanes avaient été trompées, le chef de la diplomatie kényane Musalia Mudavadi s'est rendu à Moscou en mars 2026. Il en est revenu avec un engagement : la Russie a promis d'arrêter de recruter des ressortissants kényans.
Le Cameroun, lui, n'avait jamais officiellement reconnu l'implication de ses ressortissants avant ce communiqué du 6 avril 2026. Aucune négociation diplomatique similaire n'a été annoncée. Les familles des 16 morts ont simplement été invitées à se présenter au ministère des Relations extérieures à Yaoundé.
Il n'y a pas de guerre entre l'Afrique et l'Ukraine. Il n'y a pas d'alliance entre les États africains et la Russie imposant à leurs citoyens de se battre. Ces jeunes hommes sont morts dans un conflit européen, pour une puissance étrangère, à cause d'un système de recrutement frauduleux qui exploite la pauvreté et le manque d'opportunités sur le continent.
Chaque mort africain en Ukraine pose la même question : qu'est-ce qui manque tellement dans nos pays pour que des jeunes acceptent de risquer leur vie dans une guerre qui n'est pas la leur ?
La réponse n'est pas confortable. Et c'est exactement pour ça qu'elle mérite d'être posée.
Tu savais que des Africains combattaient pour la Russie en Ukraine ?
Source image de couverture et crédits : AFP
Journaliste
Membre de la rédaction Scoop.Afrique.
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