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Les attaques contre les communautés immigrées s'intensifient en Afrique du Sud en 2026. L'Afrique du Sud, modèle de réconciliation, se fracture. Des milliers de Maliens, Nigérians, Zimbabwéens sont visés. Alerte diaspora.
Publié le 3 mai 2026 à 11:44 UTC+0

L’Afrique du Sud, souvent présentée comme la locomotive économique du continent, traverse une nouvelle vague de violences xénophobes qui vise encore une fois des ressortissants africains. Ghanéens, Nigérians, Zimbabwéens, Mozambicains ou encore Congolais sont pris pour cible dans un climat de tension où l’étranger noir devient trop souvent le bouc émissaire de la crise sociale.
Depuis fin mars 2026, plusieurs villes sud-africaines ont connu des attaques, des pillages et des manifestations anti-immigration qui ont ravivé un vieux mal : la xénophobie contre des Africains venus d’autres pays du continent. À Durban, KuGompo City ou encore dans l’Eastern Cape, des groupes comme March and March et Operation Dudula ont contribué à durcir le climat, allant parfois jusqu’à bloquer l’accès à des hôpitaux ou à s’en prendre à des commerces tenus par des étrangers.
Le paradoxe est brutal. L’Afrique du Sud reste l’un des pays les plus avancés du continent en matière d’infrastructures, d’institutions et de poids économique, mais c’est aussi l’un de ceux où l’africanité semble le plus contestée par certains Africains eux-mêmes. Derrière les slogans anti-immigration, on retrouve une réalité plus dure : chômage massif, pauvreté, inégalités et compétition féroce pour les petits emplois et les activités informelles.
Selon les données relayées par plusieurs médias, le pays compte environ 3 millions d’immigrés, soit près de 5% de la population, dans un contexte où les tensions économiques nourrissent les discours de rejet. Le chômage, particulièrement élevé chez les jeunes, alimente un ressentiment que certains responsables politiques n’ont pas toujours aidé à calmer.
Cette crise pose une question plus large : que vaut encore la philosophie d’ubuntu, cette idée d’humanité partagée et d’hospitalité africaine, quand des Africains en arrivent à s’attaquer à d’autres Africains ? Le terme péjoratif makwerekwere, utilisé pour déshumaniser les étrangers africains, montre combien le racisme intra-africain peut être violent, même dans un pays né de la lutte contre l’apartheid.
Le contraste est saisissant. L’Afrique qui parle de libre circulation, d’intégration régionale et de panafricanisme ne peut pas fermer les yeux sur des violences qui visent des migrants noirs au sein de son économie la plus puissante. Si l’Afrique du Sud vacille sur ce terrain, c’est tout le rêve d’une Afrique unie qui se retrouve fragilisé.
Pour les communautés ouest-africaines installées en Afrique du Sud, l’heure est à la prudence. Les ambassades ont multiplié les appels à la vigilance, tandis que certaines autorités étrangères ont demandé des garanties de protection pour leurs ressortissants. Mais sur le terrain, les promesses de sévir peinent encore à enrayer la répétition des attaques.
Au-delà de l’émotion, cette crise doit servir d’alerte : une Afrique intégrée ne pourra pas avancer sur la libre circulation des personnes si les premiers concernés ne sont pas protégés dans les pays les plus puissants du continent. Le vrai défi n’est pas seulement économique, il est aussi moral et politique.
Et vous, pensez-vous que l’Afrique du Sud est en train de trahir son idéal panafricain, ou traverse-t-elle surtout une crise sociale devenue explosive ?
Source image de couverture : Getty images
Journaliste
Membre de la rédaction Scoop.Afrique.
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