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Le 14 avril 2026, Paul Biya a promulgué la loi instituant un vice-président nommé par lui, révocable par lui, successeur constitutionnel sans vote populaire. Même date qu'en 2008 où il supprimait la limite des mandats. Même méthode. Dix-huit ans d'écart.
Publié le 17 avril 2026 à 22:59 UTC

Le 14 avril 2008, Paul Biya supprimait la limitation des mandats présidentiels. Le 14 avril 2026, dix-huit ans plus tard, jour pour jour, il signait la loi qui organise sa succession sans passer par les urnes. Même date. Même méthode. Différent acte. Même résultat : un homme de 93 ans qui referme les verrous un à un.
Ce mardi soir, pendant que les Camerounais suivaient la visite du pape Léon XIV à Bamenda et les résultats de la Ligue des Champions, Paul Biya a promulgué la loi N°2026/002 portant révision de la Constitution et instituant le poste de vice-président de la République du Cameroun. Une signature, un texte, et quarante-quatre années de pouvoir qui s'allongent au-delà de la mort biologique.
Ce que la loi dit, concrètement
Le vice-président du Cameroun sera nommé par le président de la République. Il sera révocable par le président de la République. En cas de vacance du pouvoir, il n'organisera pas une élection : il achèvera le mandat en cours. Ce n'est pas de la démocratie successorale. C'est de la cooptation constitutionnalisée.
Jusqu'ici, la Constitution de 1996 confiait la gestion de la vacance du pouvoir au président du Sénat, qui disposait de 120 jours pour organiser une élection. Ce mécanisme, imparfait mais délibératif, vient de disparaître. Le poste de vice-président avait été aboli en 1972, sous Ahmadou Ahidjo. Il revient 54 ans plus tard, dans une version encore plus concentrée entre les mains du chef de l'État.
Le Parlement réuni en Congrès avait adopté le texte le 4 avril 2026 par 200 voix pour et 18 contre. Les membres de la commission spéciale n'avaient disposé que de moins de deux heures pour examiner un texte engageant l'avenir de 30 millions de Camerounais.
Le paradoxe du 14 avril
Le hasard des dates a quelque chose de vertigineux. Le 14 avril 2008, Biya avait modifié la Constitution pour supprimer la limite de deux mandats présidentiels. En 2026, il en a 93 et il signe l'acte suivant de la même pièce : s'assurer que ce qui vient après lui sera lui, par procuration.
Deux jours avant cette signature, le pape Léon XIV prêchait à Bamenda ces mots : "Le monde est ravagé par une poignée de tyrans." Il n'a pas nommé Biya. Mais la cathédrale Saint-Joseph était bondée de citoyens anglophones qui vivent depuis 2017 sous un conflit que le gouvernement camerounais refuse de négocier.
Ce que ça dit à l'Afrique de 2050
L'Afrique 2050 sera une Afrique avec 2,5 milliards d'habitants, la plus jeune démographie du monde. Et le défi le plus fondamental reste le transfert de pouvoir. Pas l'économie. Pas la tech. Le moment où un homme au sommet décide de laisser la place, librement.
Le Cameroun d'après Biya devra choisir : continuer dans le cadre constitutionnel verrouillé, ou recommencer le travail institutionnel à zéro. Dans les deux cas, c'est une génération entière qui paiera la facture.
Qui sera le vice-président de Paul Biya ? Et quelle sera son adresse dans dix ans ?
Journaliste
Membre de la rédaction Scoop.Afrique.
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