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Zimbabwe, Cameroun, Congo-Brazzaville : en 2026, les réformes constitutionnelles africaines se multiplient pour prolonger ou préparer le maintien au pouvoir. Analyse du coup d'État légal, méthode discrète et redoutable qui use l'état de droit de l'intérieur.
Publié le 17 avril 2026 à 07:03 UTC

Ils ne renversent plus les gouvernements par la force des armes. Ils modifient les articles qui gênent. C'est plus propre, plus discret, et beaucoup plus difficile à condamner. En 2026, le phénomène du coup d'État constitutionnel est plus répandu en Afrique qu'il ne l'a jamais été.
Observons la méthode. Au Zimbabwe, le gouvernement de Mnangagwa a approuvé en février 2026 un projet d'amendement constitutionnel qui prolongerait son mandat de cinq à sept ans et permettrait l'élection présidentielle par le Parlement plutôt qu'au suffrage universel. Un leader arrivé lui-même au pouvoir via un coup d'État militaire contre Mugabe en 2017, qui referme les mêmes verrous que son prédécesseur ayant tenu le Zimbabwe captif pendant trente ans.
Au Cameroun, une réforme constitutionnelle de 2026 a instauré un poste de vice-président nommé, sans base électorale propre. La lecture évidente : cette architecture prépare la succession de Paul Biya, 93 ans, sans passer par une élection ouverte. Au Congo-Brazzaville, c'est Sassou Nguesso lui-même qui prête serment aujourd'hui, après une réélection à 94,82%.
La méthode est toujours la même. On vote au Parlement — un Parlement contrôlé. On organise des consultations publiques — avec des civils triés. On promulgue. On reste. L'avantage sur le coup d'État classique : cette procédure ne rompt pas formellement avec l'état de droit. Elle l'adapte. Elle est donc moins exposée aux sanctions internationales.
Il y a pourtant une nuance que l'analyse honnête oblige à faire. Dans certains cas, l'argument de la stabilité n'est pas sans fondement. Le Rwanda de Kagame, malgré ses révisions constitutionnelles, a transformé l'un des pays les plus pauvres du monde en économie émergente. La RDC, après des décennies de démocratie formelle chaotique, reste en guerre. La corrélation entre limitation de mandats et développement n'est pas aussi évidente qu'on le dit.
Mais voilà ce qu'on dit aux jeunes Africains quand on leur explique que leur constitution peut être changée pour que le président reste : on leur dit que leur vote ne change rien. C'est le message le plus destructeur qu'une démocratie puisse envoyer à sa jeunesse.
Journaliste
Membre de la rédaction Scoop.Afrique.
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