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C'est probablement la défense la plus honnête entendue dans un tribunal pour corruption. Et c'est précisément pour ça qu'elle donne froid dans le dos.
Publié le 18 avril 2026 à 07:20 UTC

Diezani Alison-Madueke était ministre du Pétrole du Nigeria de 2010 à 2015. Elle est aujourd'hui jugée à Londres pour six chefs d'accusation de corruption. Le parquet l'accuse d'avoir reçu diverses contreparties en échange de contrats pétroliers : 100 000 livres sterling en cash, des voitures avec chauffeur, des vols en jet privé, la rénovation de plusieurs appartements londoniens.
Son argument de défense, formulé au 18e jour du procès le 16 avril 2026 : elle était, dans beaucoup de cas, un tampon.
"Le système était déjà en marche avant que les dossiers arrivent jusqu'à moi. J'étais, dans beaucoup d'instances, un tampon dans le processus."
Elle a expliqué que les décisions opérationnelles revenaient principalement au Directeur général du NNPC, et que le ministère jouait seulement un rôle de supervision.
Imaginez la scène : une des femmes les plus puissantes de l'industrie pétrolière africaine, qui voyageait avec 30 membres de délégation (certains à bord de jets privés) se présente devant le tribunal anglais pour dire qu'elle n'avait aucun pouvoir réel.
Elle précise aussi que ses cartes bancaires nigérianes refusaient parfois à l'étranger, obligeant des tiers à régler les notes. A-t-on déjà vu une ministre du pétrole d'une nation productrice avoir sa carte refusée dans un palace londonien ? L'image mérite d'être savourée.
Mais derrière l'absurde se cache une question sérieuse : si la ministre du pétrole du Nigeria était un tampon, qui prenait les vraies décisions ? Et qui encaissait les vrais bénéfices ?
La défense Diezani révèle une architecture de pouvoir dans le secteur extractif africain où la responsabilité est sciemment obscurcie. Les décisions circulent entre ministères, sociétés d'État et intermédiaires de l'ombre de telle façon qu'en cas de problème, tout le monde est un tampon de quelqu'un d'autre.
L'antidote : la transparence boursière. L'IPO Dangote, annoncé cette semaine même, est précisément ce modèle : des millions d'actionnaires africains capables de surveiller les comptes. Pas de tampon possible quand les chiffres sont publics.
Journaliste
Membre de la rédaction Scoop.Afrique.
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