Fil info
InfoNouveau site, même voix.
InfoNouveau site, même voix.
- InfoNouveau site, même voix.
Ce lundi, l'Éthiopie vote. Abiy Ahmed brigue un septième mandat de fait, mais l'opposition crie à l'élection truquée avant même l'ouverture des bureaux.
Publié le 1 juin 2026 à 07:07 UTC+0

Ce lundi 1er juin, l'Éthiopie ne fait pas semblant. Elle vote.
Cinquante millions d'Éthiopiens sont appelés aux urnes pour renouveler la Chambre des représentants et élire les cadres régionaux. La majorité sortante choisira ensuite le Premier ministre. Le poste est occupé depuis huit ans par Abiy Ahmed, lauréat du prix Nobel de la paix en 2019, devenu depuis l'homme d'un pays toujours en guerre avec lui-même. Il brigue un nouveau mandat. L'opposition dénonce un scrutin qui n'est pas équitable.
Selon RFI et Le Monde Afrique, plus de 11 000 candidats de 47 partis sont en lice. Le parti modéré Ezema et la coalition pour l'Unité de l'Éthiopie sont les principaux concurrents au Parti de la prospérité au pouvoir. Ils pointent le manque de démocratie, une inflation qui écrase les ménages, et une insécurité qui règne sur une grande partie du territoire. En Amhara, le gouvernement affronte les milices Fano. En Oromia, le Front de libération oromo réclame le renversement du régime. Résultat : l'opposition n'a pas pu présenter de candidats partout. Elle parle de menaces, de pressions, de zones inaccessibles.
Le parti au pouvoir concourt seul dans 12 % des circonscriptions. Abiy Ahmed a campagné sur des méga-projets : le barrage de la Renaissance sur le Nil, la modernisation d'Addis-Abeba, des complexes touristiques luxueux. Une vitrine. L'opposition parle d'un bilan humain désastreux et d'une fragmentation du territoire que les inaugurations ne masquent plus.
Deux missions d'observation sont déployées, celle de l'Union africaine et celle de l'IGAD. Une centaine d'experts sur le terrain. Pour plusieurs chercheurs, la présence de l'opposition sert surtout à donner une crédibilité internationale au pouvoir. Abiy Ahmed a besoin de légitimité face aux institutions financières, au FMI, à la Banque mondiale. Il a besoin d'argent. Beaucoup d'acteurs politiques connus du public sont en prison, en exil, ou réduits au silence.
La Chambre actuelle compte 96 % de députés du parti au pouvoir. Le scrutin doit renouveler 547 sièges. Pour l'Afrique de demain, l'enjeu dépasse Addis. L'Éthiopie est le deuxième pays le plus peuplé du continent. Sa stabilité conditionne la Corne de l'Afrique entière. Un vote perçu comme truqué peut raviver les tensions que la guerre du Tigré avait à peine endormies.
L'autre face : une participation massive donnerait à Abiy Ahmed une base électorale qu'il n'a jamais eue au suffrage universel direct. Une abstention ou un boycott massif confirmerait l'isolement du pouvoir. Les premiers résultats attendus dans les prochains jours diront si l'Éthiopie tourne une page ou enterre un peu plus l'espoir démocratique de 2018.
Et vous, ce scrutin peut-il encore légitimer Abiy Ahmed aux yeux du monde, ou est-ce une formalité dans un pays qui n'a pas fini de se battre contre lui-même ?
Journaliste
Membre de la rédaction Scoop.Afrique.
Connectez-vous pour partager votre analyse sur cet article. Les contributions sont relues par la rédaction avant publication.
Chargement des commentaires…