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Un député tunisien a déclaré au Parlement le 13 avril 2026 qu'une migrante africaine ne pouvait pas être violée. Analyse d'un propos institutionnel révélateur d'un racisme systémique croissant en Tunisie.
Publié le 16 avril 2026 à 19:53 UTC

Il y a des phrases qu'on n'invente pas. Parce qu'elles seraient trop scandaleuses pour être vraies. Celle-ci a pourtant été prononcée à voix haute, dans l'enceinte du Parlement tunisien, le 13 avril 2026.
Le député Tarek Mehdi, élu de Sfax, intervenait lors d'une séance consacrée à la gestion du dossier migratoire. Réagissant aux accusations de violences sexuelles contre des migrantes subsahariennes, il a déclaré : "Qu'une Africaine soit violée, cela ne peut pas arriver. En Tunisie, on a la beauté. Nous ne manquons de rien." Puis : "Ces gens-là doivent partir coûte que coûte."

Tarek Mehdi | Source Business News
Les réseaux sociaux tunisiens ont immédiatement pris feu. Des associations féministes, la Ligue tunisienne des droits de l'Homme, des collectifs citoyens ont signé des communiqués en urgence. Le président du Parlement Ibrahim Bouderbala a réagi le lendemain, déclarant que ces propos "sont contraires aux constantes du peuple tunisien". Le député Mehdi a présenté des excuses, estimant avoir été sorti de son contexte.
Décryptage : il n'a pas été sorti de son contexte. La logique de sa phrase est précise et documentée. Elle dit d'abord que les femmes africaines subsahariennes ne seraient pas désirables. Ensuite, elle dit que le viol est un acte de désir et non de violence. Ce sont deux mensonges qui ensemble constituent ce qu'on appelle la culture du viol.
La Tunisie est traversée depuis 2023 par une vague de discours anti-africains noirs. Des rafles de migrants. Des évacuations forcées. Ce discours officiel a libéré une parole raciste dans l'espace public, y compris au Parlement. A la date du 15 avril, aucune mesure disciplinaire n'avait été annoncée contre le député.

Source : Nations Unies
Pour l'Afrique, cette affaire soulève une question que les organisations panafricaines évitent trop souvent : qu'est-ce que la solidarité africaine signifie quand un pays d'Afrique du Nord déshumanise des ressortissants d'Afrique subsaharienne ? Les migrantes subsahariennes qui traversent la Tunisie ne sont pas des statistiques. Ce sont des femmes, souvent jeunes, souvent seules, qui risquent leur vie. La dignité qu'on leur refuse dans les mots, c'est la même qu'on refuse à leur corps dans les faits.
Journaliste
Membre de la rédaction Scoop.Afrique.
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