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Quatre-vingt-quatre ans, plus de quarante ans de prison au total. Ghannouchi et des cadres d'Ennahdha écopent de peines maximales. En Tunisie, l'opposition ne se tait plus.
Publié le 3 juin 2026 à 07:47 UTC+0

La Tunisie ne referme pas son chapitre révolutionnaire. Elle le réécrit en prison.
Mardi 3 juin, un tribunal a condamné Rached Ghannouchi, figure historique d'Ennahdha et opposant au président Kais Saied, à la perpétuité dans une affaire distincte où il cumule désormais plus de quarante ans de peines, selon Le Monde et AFP. Vingt-deux coaccusés ont écopé de peines de dix ans à la perpétuité pour des chefs liés à la « conspiration contre la sûreté de l'État » et au « terrorisme ». Ghannouchi, 84 ans, est en détention depuis 2023. Sa défense dénonce des procès politiques et refuse d'interjeter appel, faute de garanties d'équité.
Les faits sont là : depuis 2021, Saied a concentré les pouvoirs, dissous le Parlement, muselé une partie de la presse et emprisonné des opposants de gauche comme de droite. Ennahdha, longtemps au cœur des compromis post-révolution de 2011, est visée comme jamais. Les ONG internationales parlent de régression des libertés. Le pouvoir tunisien parle de restauration de l'autorité de l'État face à des complots.
L'autre face : la Tunisie n'est pas un cas isolé dans le Maghreb. Partout, la tension entre sécurité et pluralisme politique se durcit. Mais une société qui envoie ses anciens dirigeants démocratiques en prison pour des décennies ne renforce pas sa souveraineté. Elle fragilise la confiance citoyenne, décourage l'investissement, pousse les talents à partir.
Pour l'Afrique 2050, la démocratie n'est pas un luxe occidental importé. C'est un outil de stabilité pour des États qui veulent peser dans le monde. La Tunisie avait montré la voie en 2011. Aujourd'hui, elle montre aussi le prix de l'effondrement institutionnel quand le pouvoir confond légitimité électorale et élimination des voix dissidentes.
Peut-on encore parler de transition démocratique en Tunisie quand l'opposition historique purge des peines de perpétuité ?
Journaliste
Membre de la rédaction Scoop.Afrique.
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