La première session de la chambre criminelle du tribunal de Gao s'est achevée avec trois condamnations à mort, dans un Nord malien qui retrouve peu à peu ses institutions judiciaires.
Publié le 11 octobre 2026 à 13:07 — mis à jour le 17 octobre 2026 à 22:42

Pendant trois jours, dans une salle d'audience du Nord malien longtemps livrée à l'incertitude sécuritaire, des juges ont tranché onze destins, au terme de débats contradictoires menés jusqu'au verdict.
Tenue du 6 au 8 octobre, la toute première session de la chambre criminelle du Tribunal de grande instance de Gao a examiné neuf affaires impliquant onze accusés. Le bilan, diffusé par l'Agence malienne de presse (AMAP) et repris le 10 octobre, est lourd : trois condamnations à mort, une réclusion à perpétuité, quatre peines de dix à vingt ans de prison et trois acquittements. Plus que les chiffres, c'est la tenue même de cette session qui compte : Gao retrouve une justice institutionnelle après des années de zone grise sécuritaire.
Les dossiers jugés concernaient deux assassinats, un meurtre, des coups mortels, un viol et trois affaires de violences sexuelles sur mineurs, rapporte La Nouvelle Tribune. Les audiences, présidées par le juge Gaoussou Sanogo en présence du procureur Mahamadou Coulibaly et de représentants du barreau, ont respecté, selon Mali24.info, le principe du contradictoire.
Pour le Nord malien, où des pans du territoire ont longtemps échappé à toute autorité judiciaire, chaque session pèse plus qu'un compte rendu d'audience : elle dit qu'un tribunal peut à nouveau juger et sanctionner, loin des règlements de comptes qui prospèrent quand l'État se tait. Maliweb.net souligne la présence de dossiers de violences sexuelles sur mineurs, sujet trop souvent étouffé là où la justice peine à s'exercer.
Les trois condamnations à mort relancent un débat que l'Afrique de l'Ouest n'a jamais refermé : celui de la peine capitale dans des systèmes judiciaires en reconstruction, entre exigence de sanction et doutes sur son efficacité dissuasive.
D'ici 2050, la capacité des États sahéliens à rendre la justice sur tout leur territoire déterminera leur stabilité. Une région où la justice ne revient qu'après les armes reste une région fragile.
Le retour des tribunaux dans le Nord malien peut-il, à lui seul, redonner confiance à des populations qui ont appris à vivre sans justice, ou faudra-t-il bien plus de sessions comme celle de Gao pour que cette confiance se reconstruise ?
Signé
Journaliste, rédactrice, correspondante Bénin
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