Entre cannabis, faux médicaments et opioïdes détournés, plus de huit tonnes de produits saisis dans l'ouest ivoirien ont été incinérées sur ordre du procureur de Guiglo, révélant l'ampleur d'un trafic qui cible la jeunesse loin d'Abidjan.
Publié le 11 octobre 2026 à 13:08 — mis à jour le 19 octobre 2026 à 00:47

Les flammes montent au-dessus de la décharge municipale de Guiglo, dans l'ouest ivoirien. Sacs de comprimés, plaquettes de cannabis, cartons de faux antidouleurs : tout brûle, sous le regard de policiers en uniforme qui ont mis des mois à rassembler ce qui disparaît en quelques heures.
Ce bûcher ne raconte pas qu'une victoire policière. Il révèle l'ampleur d'un trafic qui gangrène l'intérieur du pays, loin des projecteurs tournés vers Abidjan, et qui cible une jeunesse rurale déjà fragilisée par le chômage.
Sur ordre du procureur de Guiglo, l'antenne régionale de la police antidrogue a procédé le 9 octobre 2026 à l'incinération de tout ce qu'elle avait saisi entre le 18 avril et cette date, rapporte l'AIP. Plus de 8,34 tonnes de produits sont ainsi parties en fumée, pour une valeur estimée entre 40 et 50 millions de francs CFA.
Le détail donne la mesure du phénomène : 138,76 kg de cannabis, mais surtout 8 202,20 kg de médicaments de qualité inférieure et falsifiés, vendus sur les étals et dans les gares routières. S'y ajoutent, en plus petites quantités, du tramadol, du tapentadol, de la cocaïne et de l'héroïne, précise la même dépêche.
« Nous avons travaillé jour et nuit », explique le commissaire Thomas Gbossouna Mlanhoro, chef de l'antenne antidrogue, qui décrit des opérations menées sur l'axe Cavally/Guémon, entre Duékoué et Bangolo, ainsi que dans le Haut-Sassandra, autour de Guessabo.
Dans cette région frontalière du Liberia, les routes des plantations de cacao et de café servent aussi de couloirs discrets pour des faux médicaments fabriqués hors des circuits pharmaceutiques officiels. Un tramadol vendu deux fois moins cher qu'en pharmacie devient une porte d'entrée vers l'addiction pour des adolescents désœuvrés.
Si rien ne change, c'est une génération entière de l'intérieur ivoirien qui grandira avec une santé publique sacrifiée à un trafic transfrontalier. L'Afrique de 2050 ne se jouera pas seulement dans ses capitales : elle se jouera aussi dans ces villes moyennes où la vigilance sanitaire reste à inventer.
Combien de tonnes de poison faudra-t-il encore brûler à Guiglo avant que la lutte contre les faux médicaments devienne une priorité nationale, et pas seulement régionale ?
Signé
Journaliste, rédactrice, correspondante Bénin
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