Les responsables de l'enseignement supérieur du Burkina Faso, du Mali, du Niger et du Togo se sont réunis deux jours pour harmoniser leurs systèmes universitaires. Objectif affiché : une souveraineté académique qui s'ajoute à la souveraineté militaire.
Publié le 14 octobre 2026 à 10:19 — mis à jour le 19 octobre 2026 à 20:45

"La bataille pour la souveraineté intégrale se joue tout autant au niveau de la défense" qu'au niveau des amphithéâtres et des laboratoires. La phrase du ministre burkinabè Adjima Thiombiano donne le ton de la deuxième Conférence des responsables des institutions d'enseignement supérieur et de recherche de l'Alliance des États du Sahel (AES) et du Togo, ouverte le 13 octobre à Ouagadougou pour 48 heures.
Le thème choisi ne cache rien de l'ambition : "harmonisation et endogénéisation des systèmes d'enseignement supérieur, de recherche et d'innovation pour des ressources humaines compétentes". En clair, les pays de la confédération veulent bâtir un référentiel académique commun, plutôt que de continuer à dépendre chacun de son côté de modèles hérités d'ailleurs.
La feuille de route présentée par le ministère repose sur quatre piliers : cohérence institutionnelle, souveraineté économique, endogénéisation des savoirs, et mutualisation des ressources. Des documents concrets attendent les participants, selon le professeur Antoine Béré, président de l'université Joseph Ki-Zerbo : un état des lieux des études existantes, un guide méthodologique, et même un accord spécifique sur les mines et le pétrole, secteurs stratégiques pour une région qui veut transformer ses propres ressources plutôt que les exporter brutes.
Ce que cette conférence dit, au fond, c'est qu'une rupture politique et militaire avec d'anciens partenaires ne suffit pas à elle seule. Elle doit s'accompagner d'une capacité à former ses propres ingénieurs, ses propres chercheurs, ses propres cadres, sans quoi la souveraineté proclamée reste incomplète. C'est un chantier de long terme, bien plus lent qu'un discours ou qu'un retrait diplomatique.
Des accords bilatéraux et multilatéraux doivent être signés à la fin des deux jours, pour créer un réseau universitaire que les organisateurs veulent "solide et autonome". L'Afrique de 2050 que cette génération sahélienne appelle de ses vœux se construira-t-elle d'abord dans les salles de classe, avant même les frontières ?
Signé
Journaliste, rédactrice, correspondante Bénin
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