L'opposition togolaise a réuni plusieurs centaines de personnes à Vogan pour dénoncer, deux ans après son adoption, la Constitution qui a fait basculer le pays vers un régime parlementaire.
Publie le 28 juillet 2026 à 14:03 - mis a jour le 14 août 2026 à 17:05

Ecouter l'article
Une cérémonie de libation traditionnelle ouvre le rassemblement. Puis l'hymne togolais, chanté par plusieurs centaines de personnes debout dans une ville à 60 kilomètres au sud de Lomé, où les grands meetings politiques sont d'ordinaire une denrée rare. Ce dimanche, à Vogan, l'opposition togolaise a réussi son pari, remobiliser deux ans après l'adoption d'une Constitution qu'elle refuse toujours de digérer.
Coup d'État constitutionnel, clament les pancartes. Le texte, entré en vigueur en 2024, a fait basculer le Togo d'un régime présidentiel à un régime parlementaire, transférant l'essentiel du pouvoir au président du Conseil des ministres, poste occupé par Faure Gnassingbé lui-même, chef de l'État depuis 2005. Fini l'élection du président au suffrage universel direct. Le Togo n'acceptera jamais cet outrage, a lancé David Dosseh, porte-parole du Front citoyen Togo debout, l'une des organisations du Cadre national de concertation pour le changement, la coalition qui organise ce deuxième meeting en trois mois.
Les manifestations de 2025 contre ce même texte avaient fait sept morts selon la société civile, cinq selon le parquet, qui évoquait des noyades. Le souvenir plane forcément sur Vogan. Mais la coalition avance un argument frais. Un arrêt de la Cour de justice de la CEDEAO, rendu en janvier, que l'opposition togolaise interprète comme une reconnaissance implicite du caractère inconstitutionnel de la réforme. Un arrêt non contraignant, mais politiquement précieux pour une opposition qui cherchait un second souffle.
Le Togo n'est pas un cas isolé. D'un bout à l'autre du continent, la question revient. Jusqu'où un chef d'État peut-il redessiner les institutions pour durer, sans jamais organiser une élection présidentielle directe ? Vogan n'a rassemblé que quelques centaines de personnes. Mais dans un pays où les rassemblements de cette ampleur sont rares, le symbole compte peut-être plus que le nombre.
Une Constitution votée reste-t-elle légitime si la rue continue, deux ans après, à demander son abrogation ?
Connectez-vous pour partager votre analyse sur cet article. Les contributions sont relues par la rédaction avant publication.
Chargement des commentaires…