À Kumasi, des commerçants ayant obtenu une boutique à prix subventionné au marché Kejetia les revendent jusqu'à cinq fois plus cher, privant l'État ghanéen de dizaines de millions de cédis pour la suite du projet.
Publié le 22 septembre 2026 à 11:40 — mis à jour le 28 septembre 2026 à 00:19

Ecouter l'article
Vingt boutiques entre les mains d'un seul homme, dont la plupart ne servent jamais à vendre la moindre tomate, seulement à attendre le prochain acheteur prêt à payer quatre fois le prix officiel.
Le ministre ghanéen des Collectivités locales, Mahama Ayariga, l'a confirmé sans détour : des commerçants ayant acquis une boutique de la phase 1 du marché Kejetia à Kumasi pour 25 000 cédis les revendent aujourd'hui entre 100 000 et 120 000 cédis, selon des propos relayés par Adomonline.
Le maire de Kumasi, Richard Agyeman-Boadi, confirme le phénomène et cite le cas d'un propriétaire qui ne commerce jamais sur place mais détient vingt boutiques revendues au prix fort. Sur les 165,3 millions de cédis attendus pour financer la suite du chantier, seuls 89 millions ont été collectés, un manque de plus de 76 millions de cédis qui menace la phase 2, un projet de 248 millions d'euros engagé depuis 2018.
Ce n'est pas une anecdote locale. Partout où l'État africain investit dans la modernisation d'un marché, à Adjamé, à Sandaga ou dans les grands marchés de Lagos, le même scénario guette : des attributions pensées pour les petits commerçants finissent captées par des intermédiaires qui spéculent sur la rareté de l'espace urbain. Kejetia, l'un des plus grands marchés à ciel ouvert d'Afrique de l'Ouest, devait prouver qu'une ville ouest-africaine peut moderniser son commerce sans exclure ceux qui le font vivre.
Le détournement du système de primes révèle plutôt une faille commune au continent : la difficulté à faire respecter des règles d'attribution une fois les clés distribuées.
Si rien ne change d'ici le milieu du siècle, ce sont des centaines de marchés rénovés à coups de prêts internationaux qui risquent de reproduire cette capture par une minorité, pendant que les vendeuses de tomates et les tailleurs continueront de payer le prix fort pour un espace qu'ils n'ont jamais pu s'offrir légalement.
Une urbanisation commerciale qui ne colmate pas cette fuite d'argent public ne construira jamais la classe moyenne marchande dont l'Afrique a besoin pour tenir sa promesse démographique.
Faut-il confisquer purement et simplement les boutiques détournées, comme l'envisage Kumasi, ou la vraie réforme doit-elle porter sur la manière dont l'Afrique attribue ses espaces publics ?
Connectez-vous pour partager votre analyse sur cet article. Les contributions sont relues par la rédaction avant publication.
Chargement des commentaires…