En ouvrant la nouvelle législature à Rabat, le roi du Maroc a fait de la jeunesse une priorité institutionnelle, un pari sur l'anticipation sociale qui tranche avec les vagues de contestation observées ailleurs sur le continent.
Publié le 11 octobre 2026 à 13:09 — mis à jour le 18 octobre 2026 à 16:29

Sous les lustres du Parlement, à Rabat, le silence se fait quand le roi Mohammed VI prend la parole. Pas de discours ouvert sur les chiffres du tourisme, mais un appel appuyé aux institutions pour qu'elles regardent enfin la jeunesse marocaine en face.
Ce choix de priorité n'est pas anodin. Il intervient alors que plusieurs pays du continent ont connu, cette année, des mobilisations de jeunes inspirées du mouvement « Gen Z », et il se lit, selon des observateurs régionaux, comme une mesure préventive plutôt qu'un simple exercice de style.
Le 9 octobre 2026, le souverain a ouvert à Rabat la première session de la première année législative de la 12e législature, rapporte Hespress. Dans son discours, il a demandé aux institutions publiques d'accorder une priorité accrue aux questions de jeunesse.
D'après Africa Intelligence Brief, cette orientation royale est interprétée dans la région comme une façon d'anticiper les tensions sociales plutôt que de les affronter une fois qu'elles éclatent, à l'image de ce qui s'est joué récemment dans d'autres capitales africaines secouées par la rue.
Le même média relève que le royaume a attiré 15,7 millions de touristes depuis le début de l'année 2026, soit 5 % de plus qu'un an auparavant, un chiffre présenté comme un signe de dynamisme, mais qui ne dit rien, à lui seul, des attentes d'une jeunesse en quête d'emploi.
Le pari marocain tient en une phrase : parler à la jeunesse avant qu'elle ne descende dans la rue, plutôt que de lui répondre une fois qu'elle y est déjà. Un calcul politique qui suppose que les institutions suivent réellement les mots du palais, et pas seulement sur le papier.
Dans un continent où plus de 60 % de la population a moins de 25 ans, la capacité des États à transformer ce type de discours en politiques concrètes d'emploi et de participation déterminera qui, en 2050, aura su canaliser sa jeunesse et qui l'aura perdue.
La croissance touristique marocaine suffira-t-elle à financer les promesses faites à sa jeunesse, ou le palais devra-t-il aller bien plus loin que les mots ?
Signé
Journaliste, rédactrice, correspondante Bénin
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