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La Banque mondiale projette 4,1% de croissance pour l'Afrique subsaharienne en 2026. Mais le vrai titre de son rapport d'avril 2026, c'est celui-ci : 'Making Industrial Policy Work in Africa'. Une validation idéologique qu'on attendait depuis 30 ans.
Publié le 18 avril 2026 à 07:19 UTC

Pendant des décennies, la Banque mondiale a conseillé à l'Afrique de s'en tenir à ce qu'elle faisait bien : exporter des matières premières, accueillir des investissements étrangers, réduire ses déficits. La politique industrielle, c'était pour les pays qui avaient les moyens de la faire. Pas pour l'Afrique.
En avril 2026, la même Banque mondiale publie un rapport intitulé "Making Industrial Policy Work in Africa", soit : comment faire fonctionner la politique industrielle en Afrique. Ce titre, en lui-même, est une révolution intellectuelle.
La croissance, et ce qui est derrière
Les chiffres du rapport sont solides : la croissance du PIB réel en Afrique subsaharienne est projetée à 4,1% en 2026, stable par rapport à 2025. La région a bénéficié d'une meilleure gestion de l'inflation, d'une consolidation budgétaire et de réformes visant à renforcer les revenus domestiques. L'Afrique de l'Est a mené la croissance des exportations ces dernières années.
Mais le chiffre de 4,1% n'est pas l'essentiel. Ce qui compte, c'est la thèse centrale : la politique industrielle africaine, longtemps décriée comme inefficace ou corrompue, peut fonctionner. Elle l'a déjà fait dans certains pays. Et elle peut être étendue si elle est bien conçue et ancrée dans les capacités réelles des États.
Pourquoi c'est historique
Dans les années 1990 et 2000, le Consensus de Washington recommandait aux pays africains de privatiser, de libéraliser et de s'abstenir de toute intervention sectorielle active. Des industries textiles africaines ont été sacrifiées à l'ouverture des marchés. Les politiques de préférence nationale étaient taxées de protectionnisme arriéré.
Le fait que la Banque mondiale consacre son rapport phare sur l'Afrique de 2026 à prouver que la politique industrielle peut fonctionner est une autocritique à peine déguisée. Et une validation pour les économistes africains qui défendaient cette approche depuis des décennies sans être entendus.
Des pays comme le Rwanda, le Maroc et l'Éthiopie ont montré la voie : zones économiques spéciales, politiques de substitution aux importations, investissements dans la transformation locale des ressources primaires. La Banque mondiale le reconnaît enfin.
L'ombre de la dette
Le rapport ne cache pas les défis. La dette publique africaine moyenne atteint 63% du PIB en 2025, avec les intérêts absorbant près de 15% des revenus publics. Environ 40% des pays africains sont en situation de surendettement ou à haut risque.
Mais il y a une différence entre reconnaître des contraintes et nier les capacités. Ce rapport de la Banque mondiale dit enfin la même chose que les économistes africains disaient depuis 1990 : l'Afrique peut construire sa propre industrie.
L'Afrique 2050 sera industrielle ou ne sera pas.
Journaliste
Membre de la rédaction Scoop.Afrique.
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