Un an après la crise des visas, Burkina Faso et États-Unis ont rouvert une table de discussion à Ouagadougou, un dégel qui interroge la place de l'Alliance des États du Sahel dans ce nouveau jeu diplomatique.
Publié le 11 octobre 2026 à 13:09 — mis à jour le 14 octobre 2026 à 17:53

Dans une salle protocolaire de Ouagadougou, deux drapeaux se font face après des mois de silence. Karamoko Jean Marie Traoré et Richard Michaels se serrent la main, mettant fin, au moins en apparence, à une année de gel diplomatique entre le Burkina Faso et les États-Unis.
Ce geste pèse plus qu'un simple symbole protocolaire. Il marque la première tentative sérieuse de reconstruire un partenariat fracturé depuis que Washington avait suspendu, en octobre 2025, la délivrance de visas aux ressortissants burkinabè, une décision à laquelle Ouagadougou avait répondu par ses propres restrictions.
Le 8 octobre 2026, le ministre burkinabè des Affaires étrangères et le diplomate américain, Deputy Assistant Secretary of State, ont coprésidé la première session d'un groupe de travail conjoint Burkina Faso/États-Unis, rapporte Burkina24.com. L'ambassadrice américaine Joann Lockard accompagnait la délégation, tandis que le ministre burkinabè de la Défense, Célestin Simporé, a pris part aux échanges élargis, précise La Nouvelle Tribune.
Selon Alwihda Info, le chef de la diplomatie burkinabè souhaite que ce « nouveau cadre de concertation » ne se limite pas à un dialogue bilatéral classique, mais intègre aussi l'Alliance des États du Sahel, qui réunit le Burkina Faso, le Mali et le Niger, pour que « chaque partie se sente valorisée ».
Cette demande en dit long sur la stratégie des capitales sahéliennes depuis leur rupture avec certains partenaires occidentaux et leur rapprochement affiché avec d'autres puissances. Rouvrir une porte avec Washington sans renier l'AES, c'est tenter de négocier la souveraineté plutôt que de la sacrifier à l'isolement.
Reste à savoir si Washington acceptera de traiter avec un bloc plutôt qu'avec un seul gouvernement, et si Bamako et Niamey verront dans cette initiative burkinabè une avancée collective ou une manœuvre individuelle qui les place devant le fait accompli.
D'ici 2050, la capacité du Sahel à dialoguer sans se renier déterminera s'il reste un théâtre de rivalités subies ou s'il devient un acteur qui impose ses propres règles du jeu diplomatique.
L'Alliance des États du Sahel parviendra-t-elle à transformer ce dégel bilatéral en levier commun, ou restera-t-elle spectatrice d'un rapprochement qui ne profite, pour l'instant, qu'à Ouagadougou ?
Signé
Journaliste, rédactrice, correspondante Bénin
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