À quelques jours de la campagne 2026-2027, plus d'un million de producteurs ivoiriens doivent détenir une carte professionnelle sous peine d'être exclus du marché. Une traçabilité imposée par Bruxelles qui redessine tout le cacao africain.
Publié le 29 août 2026 à 10:39 — mis à jour le 10 octobre 2026 à 04:15

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Kouassi Yao plante du cacao dans le Centre ivoirien depuis vingt ans sans jamais avoir détenu la moindre carte professionnelle. À partir du 1er septembre, ce petit rectangle plastifié décide s'il pourra encore vendre une seule fève. Voilà ce que la Côte d'Ivoire impose désormais à plus d'un million de producteurs, à quelques jours de l'ouverture de la campagne 2026-2027.
Le Conseil du Café-Cacao l'annonce sans détour : le taux d'exécution des cartes du producteur atteint près de 90%, rapporte KOACI dans son édition du 27 août. Sur plus de 1,1 million de planteurs attendus à terme, la quasi-totalité aura basculé dans le Système National de Traçabilité avant l'échéance. Ce chantier n'a rien d'administratif : il conditionne l'accès du cacao ivoirien au marché européen, précise le site officiel du Conseil, qui multiplie depuis des mois les ateliers de sensibilisation dans les régions productrices, prix garanti à l'appui (1200 FCFA le kilo minimum pour la présente campagne).
L'urgence vient de Bruxelles. Selon les textes de la Commission européenne, le règlement sur les produits associés à la déforestation, la RDUE, entre en vigueur le 1er janvier 2027 et exige une géolocalisation précise de chaque parcelle exportée vers l'Union. Sans carte, sans coordonnées GPS, sans preuve d'absence de déforestation, un sac de fèves ivoirien ne franchira plus les ports européens. La Côte d'Ivoire, premier producteur mondial, joue ici sa place sur un marché qui pèse des milliards d'euros chaque année.
Reste la fracture du terrain. Dans le Nord comme au Centre, des milliers de petits planteurs découvrent tardivement qu'exister aux yeux de l'administration devient une condition de survie économique. À l'horizon 2050, cette bascule numérique dira si le cacao africain reste maître de sa chaîne de valeur ou s'il se fait dicter ses règles depuis l'étranger, plantation par plantation.
Votre village ou votre coopérative détient-il déjà sa carte du producteur ? Racontez-nous comment se vit cette transition sur le terrain.
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