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Le Cameroun s'apprête à réviser son budget 2026, la neuvième année consécutive. Ce que cette habitude révèle de la gouvernance financière camerounaise — et ce qui la distingue radicalement de la trajectoire ivoirienne.
Publié le 3 mai 2026 à 13:04 UTC+0

Au Cameroun, la Loi de finances n’est plus un document de prévision, c’est devenu un exercice de style. Avec la préparation annoncée d’une nouvelle révision pour 2026, Yaoundé s’apprête à entamer son neuvième collectif budgétaire consécutif. Neuf années de suite où le budget initial, adopté en grande pompe devant le Parlement, doit être corrigé en cours d’exercice.
Ce neuvième exercice intervient paradoxalement alors qu’à l’autre bout du continent, la Côte d’Ivoire vient de recevoir un signal positif du FMI. Abidjan a réussi, pour la première fois depuis la crise du Covid, à stabiliser son déficit budgétaire autour de 3% du PIB.
Deux pays francophones, deux trajectoires économiques, deux visions de la chose publique. D’un côté, une Côte d’Ivoire qui semble avoir trouvé une discipline budgétaire qui rassure les marchés ; de l’autre, un Cameroun qui navigue à vue, multipliant les ajustements pour combler des trous financiers estimés à plus de 630 milliards de FCFA pour 2026.
Le projet de loi pour 2026, initialement voté à plus de 8 800 milliards de FCFA, s’appuyait sur des hypothèses de prix du baril de pétrole largement dépassées par la réalité géopolitique actuelle. Cette incapacité à anticiper les chocs extérieurs, couplée à une hausse galopante des charges de personnel et de la dette, force le gouvernement à retourner devant les députés pour « réajuster » le tir.
Mais ajuster n’est pas réformer. En recourant systématiquement à la Loi de finances rectificative, l’État se prive d’une vision à moyen terme. Comment investir durablement, comment construire des infrastructures de qualité, ou comment stabiliser un environnement des affaires quand les règles budgétaires changent tous les six mois ?
À l’horizon 2050, les économies africaines qui gagneront la partie seront celles qui auront su bâtir une rigueur financière crédible. Un budget qu’on révise chaque année n’est pas un budget, c’est un aveu de faiblesse face aux marchés et aux citoyens.
Pour le Cameroun, ce neuvième collectif budgétaire est un signal d’alarme qui ne peut plus être ignoré. La discipline financière n’est pas qu’une affaire de comptables à Yaoundé ou de technocrates au FMI ; c’est le socle de la confiance que les investisseurs, les entreprises et les citoyens accordent à leur propre État. Si la tradition de l’improvisation continue, le pays risque fort de voir ses marges de manœuvre se réduire de plus en plus face aux enjeux de développement de demain.
Quand l'improvisation devient la norme, est-ce qu'on peut encore parler de planification ou est-on simplement condamné à gérer le quotidien ?
Source image de couverture : Invest-Time
Journaliste
Membre de la rédaction Scoop.Afrique.
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