Face à Stanislas Zézé, le directeur général de la CNPS, Charles Denis Kouassi, a détaillé comment la caisse ivoirienne investit ses excédents. Un portefeuille passé de 156 à 1 438 milliards de FCFA en dix ans, qui relance une question continentale : l’épargne africaine peut-elle financer l’Afrique ?
Publié le 21 octobre 2026 à 16:33

Chaque mois, sur la fiche de paie d’un salarié ivoirien, une ligne passe presque inaperçue : la cotisation CNPS. Mises bout à bout, ces lignes ont bâti un portefeuille de plus de 1 400 milliards de FCFA fin 2024. Et cet argent ne dort pas.
Mardi 20 octobre à Abidjan, face à Stanislas Zézé, PDG de Bloomfield, le directeur général de la Caisse nationale de prévoyance sociale, Charles Denis Kouassi, a détaillé ce que la CNPS fait de ses excédents : des placements dans les banques, des fonds panafricains, l’énergie et désormais les cliniques privées, rapporte L’Intelligent d’Abidjan.
Les chiffres donnent le vertige. Entre 2014 et 2024, l’excédent de la caisse est passé de 45 à 225 milliards de FCFA, et son portefeuille de 156 à 1 438 milliards, selon Afrique sur 7. Neuf fois plus. En septembre, la CNPS a même misé 26 milliards de FCFA dans l’Africa Finance Corporation, le financeur panafricain d’infrastructures, d’après le Journal du Cameroun.
Pourquoi ça compte bien au-delà d’Abidjan ? Parce que l’Afrique cherche partout de quoi bâtir ses routes, ses centrales et ses hôpitaux, et se tourne d’abord vers les bailleurs étrangers. Pendant ce temps, l’épargne de ses travailleurs reste souvent placée loin de l’économie réelle. Le modèle CNPS pose une question dérangeante : et si une partie de l’argent manquant était déjà là, dans nos caisses de retraite ?
Encore faut-il un garde-fou. Cet argent appartient aux cotisants, pas aux dirigeants. Il faut de la transparence, des règles solides, des projets bien montés. Un détail compte ici : l’agence de Stanislas Zézé note elle-même la CNPS AAA, sa meilleure note, rappelle Abidjan.net. L’interlocuteur du jour n’était donc pas tout à fait neutre.
D’ici 2050, la population africaine devrait approcher les 2,5 milliards d’habitants, et la facture du développement grimpera avec elle. Les pays qui sauront mobiliser leur propre épargne décideront eux-mêmes de ce qu’ils construisent. Les autres continueront d’attendre le feu vert de l’extérieur.
Alors, seriez-vous prêt à voir vos cotisations financer une centrale ou une clinique, à condition de pouvoir suivre chaque franc investi ?
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