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Engagement national contre les VBG signé à Abidjan. 10 547 cas en 2025. Première dame, Premier ministre et chefs traditionnels unis.
Publié le 14 juin 2026 à 12:54 UTC+0

Deux enfants par jour. À lui seul, ce chiffre dit l’urgence. Samedi 13 juin 2026, au Palais des Congrès de l’Hôtel Ivoire à Abidjan, la Côte d’Ivoire a franchi une étape politique forte avec le lancement officiel de l’Engagement national contre les violences basées sur le genre, en présence de Dominique Ouattara, de Robert Mambé, de Nassénéba Touré, de plusieurs autorités traditionnelles, religieuses et de la société civile.

Mais derrière la solennité des signatures, il y a une réalité plus brutale : en 2025, 10 547 cas de VBG ont été enregistrés dans le pays. Et pour le ministère de la Femme, les violences sur les enfants restent l’un des visages les plus insupportables de cette crise. La cérémonie n’était donc pas seulement symbolique. Elle venait dire que l’État veut désormais donner un cadre national plus ferme à une lutte souvent dispersée, trop souvent portée par l’émotion du moment, pas assez par la discipline collective.
Le déroulé de la matinée en disait long sur cette volonté d’installer le sujet au cœur du pouvoir. Dès 8h, les participants ont été accueillis au Palais des Congrès de l’Hôtel Ivoire. À 11h, la Première dame a fait son arrivée. Puis se sont enchaînés les mots introductifs, le mot de bienvenue du maire de Cocody, un film institutionnel retraçant la maturation politique, législative et programmatique de la lutte contre les VBG, avant les témoignages de survivantes. Ce choix n’est pas anodin : il rappelle que la violence n’est pas un débat abstrait de conférence, mais une histoire de corps, de peur, de honte et de survie.

La présence d’Antoinette Konan, puis les séquences d’engagement enregistrées de plusieurs figures du pays, du Premier ministre au Cardinal Dogbo, du Cheick Aïma Diakité à la société civile et au secteur privé, montre aussi que le sujet ne peut plus être laissé à un seul ministère. Les VBG sont devenues une affaire d’État, mais aussi une affaire de famille, de quartier, de religion, d’école, de police et de justice. Tant que la victime devra négocier sa parole, le problème restera entier.
Le vrai défi, pourtant, n’est pas la signature. Il est l’après. La Côte d’Ivoire dispose déjà de centres Pavvios à Attécoubé, Bouaké, Korhogo et Adiaké. C’est un socle important, mais un socle ne suffit pas si l’accès reste inégal, si la plainte n’est pas prise au sérieux, si la protection de l’enfant dépend encore du rang social du père ou de la pression du voisinage. Le pays connaît le chemin ; il doit maintenant prouver qu’il peut le parcourir jusqu’au bout.

Cette cérémonie raconte aussi quelque chose de plus large sur l’Afrique de 2050. Les États qui voudront bâtir des sociétés stables ne pourront pas se contenter d’annoncer la tolérance zéro. Ils devront rendre cette promesse visible dans les commissariats, dans les tribunaux, dans les écoles, dans les maisons, et jusque dans la manière dont les communautés protègent les plus faibles. Sinon, les grands engagements resteront de belles phrases prononcées sous les lustres des palais.
La Côte d’Ivoire a parlé avec gravité. Reste maintenant à savoir si cette parole deviendra une protection réelle pour les femmes et les enfants, ou si le pays devra, encore une fois, recommencer à expliquer l’inacceptable.
Journaliste
Membre de la rédaction Scoop.Afrique.
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