Fil info
InfoNouveau site, même voix.
InfoNouveau site, même voix.
- InfoNouveau site, même voix.
La CI a investi massivement dans le drainage d'Abidjan. Mais 75 personnes sont mortes en 4 ans d'inondations. Le paradoxe de la ville qui croît plus vite que ses infrastructures — et ce qu'il faudrait vraiment changer.
Publié le 30 avril 2026 à 20:44 UTC+0

La CI affiche 6,6% de croissance. Ses recettes fiscales ont atteint 4 728 milliards FCFA. Son PND 2026-2030 est voté. Et pourtant, à Abidjan, des familles dorment sous la menace des glissements de terrain et des inondations — dans les mêmes quartiers qu'il y a dix ans.
Depuis 2021, le gouvernement ivoirien a engagé des investissements significatifs dans la gestion des eaux pluviales à Abidjan. Le Projet d'assainissement et de résilience urbaine (PARU), financé à 315 millions de dollars par la Banque mondiale, a permis d'aménager quatre cuvettes de rétention à Abobo, d'ouvrir le chenal de la baie de Cocody, et d'avancer les chantiers de drainage dans la Riviera-Bonoumin et à Yopougon-Maroc à un taux d'achèvement de 90%. Un plan anti-inondations à 5 milliards FCFA a été lancé spécifiquement pour la saison 2026.
C'est réel. C'est documenté. Et c'est insuffisant.
Le problème fondamental n'est pas technique. Il est démographique. Abidjan accueille des dizaines de milliers de nouveaux habitants chaque année. La ville croît plus vite que ses infrastructures. Les zones à risque libérées par les déguerpissements sont réoccupées dans les mois qui suivent, parce que les familles déplacées n'ont nulle part d'autre où aller.
Un ménage qui gagne 80 000 FCFA par mois n'a pas le choix de s'installer dans un quartier sûr. Les quartiers sûrs d'Abidjan coûtent des loyers que la majorité des Abidjanais ne peuvent pas payer. L'encerclement des zones précaires par la spéculation immobilière pousse les plus pauvres vers les ravins, les talus instables, les bas-fonds inondables.
C'est un problème de société autant qu'un problème d'ingénierie hydraulique.
La solution n'est pas seulement de construire des canaux. Elle passe par des programmes de relogement sérieux, financés et durables. Par une politique de logement social qui atteint vraiment les ménages les plus vulnérables. Par une régulation foncière qui empêche la spéculation de chasser les pauvres vers les zones dangereuses.
En attendant, la saison des pluies arrive. Et les 176 sites à risques restent occupés.
Journaliste
Membre de la rédaction Scoop.Afrique.
Connectez-vous pour partager votre analyse sur cet article. Les contributions sont relues par la rédaction avant publication.
Chargement des commentaires…