Championne de slam, rappeuse nouchi ou joueuse de kora, plusieurs artistes ivoiriennes racontent comment elles s'imposent dans des disciplines encore marquées par des codes masculins.
Publié le 11 octobre 2026 à 13:07 — mis à jour le 20 octobre 2026 à 09:26

« On te sexualise très vite. » La phrase claque dans la bouche de Noferima Fofana, championne du monde de slam en 2024. Sur scène, devant un public venu pour les mots, elle raconte un autre combat, invisible et permanent : être prise au sérieux comme artiste avant d'être regardée comme une femme.
Son témoignage figure dans un dossier publié le 10 octobre par l'AIP, qui a donné la parole à plusieurs créatrices ivoiriennes confrontées aux mêmes obstacles, dans des disciplines où les codes restent largement masculins. Si ce dossier compte, c'est qu'il révèle une jeunesse féminine qui ne demande plus l'autorisation d'exister dans l'art : elle l'impose.
Chez Nash, rappeuse nouchi, le constat est frontal. Elle dit avoir grandi avec l'idée reçue que « la place de la femme c'est à la cuisine », un stéréotype qu'elle affronte texte après texte. Elle cite une génération montante, Dre.A, Oprah, Mosty, Anycris, Marla ou Ariane, comme preuve que le rap ivoirien au féminin n'est plus une exception mais un mouvement.
Narcile Kora porte un autre combat, plus silencieux. Joueuse de kora, instrument traditionnellement réservé aux griots hommes, elle s'est formée notamment auprès du Malien Toumani Diabaté pour s'imposer dans un répertoire où sa simple présence dérange encore certains codes.
Mira Faveur, portraitiste, raconte avoir perdu des contrats pour des raisons liées à son genre, preuve que la discrimination ne se loge pas seulement dans les regards mais aussi dans les carnets de commandes.
Cette résistance artistique dit quelque chose de plus large sur l'Afrique qui vient. Une Afrique où la création n'attend plus la permission masculine pour se raconter, où une femme avec une kora ou un micro redessine qui a le droit de porter la mémoire et la parole collective.
D'ici 2050, cette génération pourrait bien être celle qui a changé qui tient le micro, qui pince les cordes, qui raconte l'histoire du continent sur ses propres termes.
Et vous, quelle artiste femme vous a marqué cette année ?
Signé
Journaliste, rédactrice, correspondante Bénin
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