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Le Conseil des Ministres du 15 avril 2026 a adopté la création du Fonds Souverain Stratégique pour le Développement de la Côte d'Ivoire (FSD-CI). Articulé en trois sous-fonds, il sera financé par les revenus des ressources extractives. La CI rejoint le cercle des États qui gèrent leur rente comme la Norvège.
Publié le 22 avril 2026 à 11:11 UTC

La Norvège le fait depuis 1990. Le Botswana depuis 1994. Les Émirats arabes unis depuis 1976. La Côte d'Ivoire vient de rejoindre ce club très sélect : celui des États qui ont compris qu'une ressource naturelle n'est pas un revenu — c'est un héritage qu'on peut dilapider ou qu'on peut transformer en futur.
Le 15 avril 2026, le Conseil des Ministres présidé par Alassane Ouattara a adopté par ordonnance la création du Fonds Souverain Stratégique pour le Développement de la Côte d'Ivoire, baptisé FSD-CI. C'est une première dans l'histoire économique du pays — et l'une des décisions les plus structurantes du quinquennat Ouattara.
Le FSD-CI n'est pas un fonds monolithique. Il est structuré en trois sous-fonds aux missions distinctes, ce qui reflète une vision sophistiquée de la gestion des ressources souveraines.
Le premier compartiment est dédié au financement des infrastructures. Il canalisera des capitaux vers les projets structurants que le budget de l'État ou les emprunts classiques ne peuvent pas toujours absorber — routes, ports, énergie, hôpitaux.
Le deuxième est un fonds de stabilisation économique. Il joue le rôle d'amortisseur : quand le cours du cacao s'effondre, quand les prix du pétrole chutent, quand une pandémie frappe, le fonds de stabilisation intervient pour éviter les coupes brutales dans les dépenses publiques.
Le troisième compartiment, peut-être le plus ambitieux, est dédié à l'épargne stratégique intergénérationnelle. Son objectif : mettre de côté aujourd'hui pour que les enfants et petits-enfants de la Côte d'Ivoire héritent d'une richesse accumulée, et pas seulement de dettes ou de gisements épuisés.
Le FSD-CI sera financé par une allocation obligatoire d'une part des revenus issus de l'exploitation des ressources extractives — mines, pétrole, gaz. Des actifs publics pourront également être transférés au fonds, en particulier des participations de l'État dans des sociétés stratégiques.
Ce choix de financement répond à une logique claire : les ressources naturelles s'épuisent. L'or du sous-sol ne doit pas être consommé en dépenses courantes — il doit être converti en actifs productifs durables. C'est précisément ce que la Norvège fait avec son pétrole depuis 1990, en construisant le plus grand fonds souverain au monde (1 800 milliards de dollars aujourd'hui).
La gouvernance du FSD-CI est encadrée par des dispositifs de contrôle interne, de gestion des risques et de transparence. Un rapport annuel public est prévu, et un Conseil de surveillance indépendant supervisera les décisions d'investissement.
Le FPI (Front Populaire Ivoirien, principal parti d'opposition) a salué publiquement l'initiative le 20 avril — ce qui est suffisamment rare pour être noté. Un consensus politique autour d'une institution financière est le meilleur garant de sa longévité.
Si la Côte d'Ivoire tient l'engagement — si le fonds est effectivement alimenté, correctement géré, et protégé des appétits politiques — ce sera l'une des plus grandes réussites de gouvernance économique de l'Afrique subsaharienne. Un modèle pour les vingt autres pays africains qui exploitent des ressources extractives sans se demander ce qu'ils feront quand elles seront épuisées.
Journaliste
Membre de la rédaction Scoop.Afrique.
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