Camions, motos, cargaisons entières de fèves : le cacao ivoirien fuit en masse vers le Ghana, où les prix sont plus attractifs. Abidjan mise désormais sur les forces de l'ordre pour verrouiller sa frontière.
Publié le 15 octobre 2026 à 09:44 — mis à jour le 19 octobre 2026 à 08:16

Deux heures du matin, à la frontière avec le Ghana. Vingt-huit camions chargés de sacs de fèves, quatre-vingt-quinze motos surchargées, une soixantaine d'autres véhicules dans la même nuit. Le cacao ivoirien part, et il ne revient pas.
Selon KOACI, cette fuite nocturne observée dans la région de l'Indénié-Djuablin, autour d'Abengourou, n'est pas un cas isolé. Début octobre déjà, plus de 42 tonnes de cacao en contrebande avaient été interceptées par les agents de l'opération « Verrou 322 », confirme l'agence ivoirienne AIP. Pourquoi cela compte : la Côte d'Ivoire est le premier producteur mondial de cacao, et chaque tonne qui file vers le Ghana est une part de la richesse agricole du pays qui échappe à son économie, au profit d'un simple écart de prix entre deux voisins.
D'après le préfet d'Abengourou, Kouadio Kouassi Eugène, cité par AIP, la sortie frauduleuse des produits d'exportation sera désormais traitée avec « tolérance zéro », café inclus. Sur le terrain, l'opération a mal tourné pour les contrebandiers : un camion a franchi la frontière malgré les barrages et reste retenu côté ghanéen, un deuxième a fini accidenté en zone franche, le troisième a été saisi avec sa cargaison.
Le porte-parole du gouvernement, Amadou Coulibaly, a pour sa part défendu devant la presse le système ivoirien de prix garanti, qui protège, selon lui, les planteurs des à-coups du marché mondial, contrairement au système plus libéralisé pratiqué au Ghana. Il a annoncé un rapprochement entre le Conseil du Café-Cacao et les forces de l'ordre pour mieux verrouiller la frontière.
Le cacao est un marché mondial à cent milliards de dollars dont les producteurs africains, Côte d'Ivoire, Ghana, Nigeria et Cameroun réunis, ne captent qu'une fraction infime de la valeur finale. Tant qu'un sac de fèves vaudra plus cher à quelques kilomètres de distance, les frontières resteront poreuses. L'Afrique de 2050 qui pèsera enfin sur le prix de ses propres matières premières sera celle qui aura appris à le fixer ensemble, plutôt que de le disputer en contrebande nocturne.
Combien de tonnes de richesse africaine devront encore traverser une frontière de nuit avant que les pays producteurs de cacao s'asseyent, ensemble, à la même table pour fixer le prix de leur propre récolte ?
Signé
Journaliste, rédactrice, correspondante Bénin
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