Cinq jours après le lancement de l'agence africaine de notation de crédit à Maurice, le président kényan William Ruto réclame un rôle central pour Nairobi.
Publié le 13 octobre 2026 à 08:17 — mis à jour le 17 octobre 2026 à 16:22

23 pays africains sur 55 n'ont jamais été notés par Moody's, S&P ou Fitch. C'est ce trou noir financier que l'Union africaine a voulu combler le 7 octobre, à Port-Louis, en lançant l'African Credit Rating Agency (AfCRA), la première agence de notation du continent.
Cinq jours plus tard, selon Capital FM, le président kényan William Ruto, aussi chargé par l'UA de la réforme institutionnelle, a annoncé que Nairobi allait négocier deux choses : devenir une juridiction secondaire de l'agence, et un client souverain de celle-ci. « Africa must shape its own narrative », a-t-il écrit, pour dire que l'Afrique doit écrire son propre récit économique plutôt que le subir.
Selon l'UA, le service de la dette extérieure du continent est passé de 61 milliards de dollars en 2010 à 163 milliards en 2024, une facture alourdie, affirment plusieurs gouvernements africains, par des notations extérieures jugées trop sévères.
Mahmoud Ali Youssouf, président de la Commission de l'UA, le rappelle : une notation pèse directement sur le coût des emprunts, donc sur le financement des hôpitaux, des écoles et des routes. L'AfCRA promet d'intégrer l'économie informelle et les perspectives de long terme, deux angles morts des grandes agences internationales.
Mais une agence maison n'a de valeur que si elle ose aussi délivrer de mauvaises notes à ses propres actionnaires politiques. Là se joue, d'ici 2050, toute la crédibilité de cette souveraineté financière revendiquée. Sera-t-elle un outil de vérité, ou un simple instrument de communication au service des gouvernements qui la financent ?
L'Afrique est-elle prête à s'entendre dire, par sa propre agence, qu'elle doit encore faire ses preuves ?
Signé
Journaliste, rédactrice, correspondante Bénin
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