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Six mois après le coup militaire d'octobre 2025 porté par la Gen Z malgache, la jeunesse tire un bilan sévère : mêmes pratiques, nouvelle façade. Le paradoxe des transitions africaines qui récupèrent les révolutions.
Publié le 15 avril 2026 à 10:04 UTC

Ils sont descendus dans la rue. Ils ont tenu trois semaines. Ils ont fait tomber un président. Et aujourd'hui, ils disent : c'est quasiment les mêmes pratiques, mais sous la façade de la Refondation.
Septembre 2025. Des dizaines de milliers de jeunes Malgaches ont investi les rues d'Antananarivo pour dénoncer la vie chère, la corruption et l'incompétence du gouvernement Rajoelina. Portés par le mouvement Gen Z Madagascar, ils ont incarné une énergie nouvelle : celle d'une jeunesse qui ne veut plus attendre que les anciens règlent les problèmes qu'ils ont eux-mêmes créés. En octobre, l'armée a rallié le mouvement. Le colonel Michaël Randrianirina a pris le pouvoir. La "Refondation" était proclamée.
Six mois plus tard, ce 14 avril 2026, le gouvernement a officiellement lancé la "concertation nationale de la jeunesse". Une initiative présentée comme un geste d'ouverture. Mais les étudiants d'Ankatso, rencontrés par RFI sur le campus ce lundi, portent un regard bien plus sombre. Selon une étudiante en gestion de 23 ans, les délestages ont baissé, mais la Refondation n'est pas en marche. Ceux qui osent critiquer le régime sont menacés.
Ce scénario, l'Afrique le connaît. Une génération se bat pour le changement. Une transition militaire récupère l'élan. Et quelques mois après, les visages ont changé mais les pratiques restent. C'est ce qu'Amnesty International documente également : la junte a nommé près de 600 personnes dans l'exécutif sans impliquer ni la Gen Z ni la société civile. Le Mali de 2021 ressemble au Madagascar de 2026.
Il y a pourtant une différence : la Gen Z malgache ne lâche pas. En mars 2026, de nouvelles manifestations ont eu lieu à Alarobia. Les jeunes réclament maintenant la dissolution de l'Assemblée nationale, de la Cour constitutionnelle et de la commission électorale, tous jugés obstacles au changement. Ils ne sont pas devenus silencieux. Ils sont devenus plus précis.
L'Afrique 2050 se joue aussi ici. Dans ces pays où la jeunesse a le courage de descendre dans la rue mais se retrouve face à des systèmes de pouvoir qui savent absorber, recycler, neutraliser les révolutions. La vraie question n'est pas "comment renverser un régime". C'est "comment construire les contre-pouvoirs qui empêchent le suivant de reproduire les mêmes dérives" ?
Madagascar ne répondra pas à cette question seul. Mais ses jeunes la posent, haut et fort.
#Madagascar #GenZAfrique #Refondation
Journaliste
Membre de la rédaction Scoop.Afrique.
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