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La guerre au Moyen-Orient et les convois militaires coûteux font exploser les prix du carburant au Mali. Gasoil à 940 FCFA à Bamako, 2 500 FCFA au nord. Analyse de la vulnérabilité structurelle des pays sahéliens enclavés.
Publié le 15 avril 2026 à 10:12 UTC

À Bamako, le gasoil coûte désormais 940 FCFA le litre. Dans les régions du nord, il peut dépasser 2 500 FCFA. Ce n'est pas une simple flambée des prix. C'est la facture du monde qui se présente à la porte des plus vulnérables.
Depuis mars 2026, le Mali connaît une hausse brutale des prix à la pompe. Le supercarburant a grimpé de 13%, le gasoil de 29% selon des données compilées par le média Connection Ivoirienne. La cause directe : la guerre en cours entre l'Iran, Israël et les États-Unis, qui déstabilise le détroit d'Ormuz et fait s'envoler les cours mondiaux du pétrole. Mais le Mali, pays enclavé, subit ce choc de plein fouet et en amplifié.
Le schéma est le suivant : le carburant entre au Mali principalement via Abidjan et Dakar. Ces corridors logistiques traversent des zones à risque sécuritaire. Chaque convoi doit désormais être escorté militairement, un coût qui selon des sources locales atteint 800 000 FCFA par convoi. Ce surcoût s'ajoute au prix mondial déjà en hausse, et le consommateur malien, souvent sans revenus formels fixes, paye l'addition entière.
Pour les agriculteurs qui utilisent des motopompes, pour les transporteurs de marchandises, pour les petits commerçants, cette hausse n'est pas un inconfort. C'est une menace directe sur les moyens de subsistance. Dans un pays où la majorité de la population vit en zone rurale, l'énergie bon marché n'est pas un luxe : c'est la condition de base de la production alimentaire.
L'histoire économique de l'Afrique sahélienne porte cette blessure de fond : être enclavé sur un continent qui n'a pas encore construit ses infrastructures de connexion intérieure. Les pays de l'AES (Alliance des États du Sahel) ont fait le choix politique de couper les liens avec les organisations régionales, de se rapprocher de la Russie. Mais la géographie ne change pas avec un changement d'alliance. Le Mali restera dépendant des routes côtières, qu'elles passent par Abidjan ou par Dakar.
La vraie réponse à la crise du carburant malien n'est pas dans les alliances militaires. Elle est dans l'intégration énergétique africaine : gazoduc trans-sahélien, énergies solaires locales, corridors commerciaux sécurisés. Des projets qui existent sur le papier depuis vingt ans. Le Mali brûle pendant qu'on débat.
Journaliste
Membre de la rédaction Scoop.Afrique.
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