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Le Nigeria baisse ses tarifs d'importation sur 127 produits : voitures de 70% à 40%, riz de 70% à 47,5%, EVs exemptés. La plus grande réforme fiscale depuis 2015. Analyse d'un pari risqué entre pouvoir d'achat et production locale.
Publié le 15 avril 2026 à 18:09 UTC

Les voitures à 40% de taxe au lieu de 70%. Le riz moins cher. Le sucre accessible. Tinubu vient de signer la plus grande réforme tarifaire du Nigeria depuis 2015. Sur le papier, c'est une bonne nouvelle pour 220 millions de Nigérians. Dans les faits, c'est un pari à double tranchant.
Le 1er avril 2026, le gouvernement de Bola Ahmed Tinubu a officiellement activé ses nouvelles mesures de politique fiscale. Le ministre des Finances Wale Edun a publié un texte qui révise 127 lignes tarifaires, accordant des exemptions totales sur les véhicules électriques, les bus de transport en commun et les machines industrielles. Le contexte est difficile : l'inflation s'est certes stabilisée à 15% en février 2026, en baisse par rapport au pic catastrophique de 33% fin 2024, mais la guerre en Iran fait remonter les prix du carburant, et selon la Banque mondiale, la pression inflationniste reprend.
Le raisonnement de Tinubu est simple : si on baisse les taxes sur ce que les gens consomment, la vie coûte moins cher. C'est le manuel classique des gouvernements sous pression électorale. Mais les riziculteurs nigérians ne voient pas les choses ainsi. Avec des tarifs à 47,5% au lieu de 70% sur le riz importé, ils vont se battre face à du riz thaïlandais ou indien moins cher. Des emplois agricoles sont en jeu dans un pays où la sécurité alimentaire reste précaire.

Source : Adekunle Gideon (sur Pexels)
Il y a pourtant un rapprochement stratégique à faire : cette réforme s'inscrit dans l'alignement du Nigeria avec le Tarif Extérieur Commun de la CEDEAO 2022-2027. En d'autres termes, Lagos ne fait pas cela seul. Abuja essaie de s'intégrer dans une logique commerciale régionale africaine, pendant que la ZLECAf pousse à l'élimination progressive des barrières d'ici 2036. Les deux agendas se rejoignent.
L'exemption totale des véhicules électriques est le signal le plus fort. Dans un pays où les embouteillages engloutissent des heures de productivité chaque jour, et où la pollution de Lagos est un problème de santé publique documenté, cette mesure dessine la silhouette d'un Nigeria qui veut entrer dans la transition énergétique par la voie économique, pas par l'idéologie.
Pour l'Afrique 2050, la vraie question est celle-ci : les réformes fiscales peuvent-elles se substituer aux réformes structurelles ? Baisser les taxes, c'est soulager un symptôme. Industrialiser, c'est traiter la maladie. Tinubu devra faire les deux.
Source couverture: Le président nigérian Bola Ahmed Tinubu | Le 360 Afrique
Journaliste
Membre de la rédaction Scoop.Afrique.
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