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L'Afrique perd entre 10 et 23 milliards de dollars par an à cause de la pêche illicite dans le Golfe de Guinée. Des centaines de bateaux asiatiques opèrent en toute impunité dans ces eaux. Ce vol silencieux qui appauvrit les pêcheurs artisanaux africains.
Publié le 30 avril 2026 à 20:52 UTC+0

Les pirates ont reculé dans le Golfe de Guinée. Les attaques spectaculaires des années 2019-2021 se font plus rares. Mais une autre forme de vol, beaucoup plus discrète, continue de priver les pays africains de ressources considérables chaque année : la pêche illicite, non déclarée et non réglementée.
Selon les données de la Banque africaine de développement, l'Afrique perd entre 10 et 23 milliards de dollars par an à cause de la pêche illicite. Le Golfe de Guinée, avec ses eaux riches en thon, en chinchards, en merlus et en crevettes, est l'une des zones les plus touchées. Des centaines de bateaux, principalement asiatiques (chinois, coréens, taïwanais) et européens, opèrent dans ces eaux, parfois avec des licences douteuses, souvent bien au-delà des zones autorisées, parfois sans aucune autorisation.
Pour un pêcheur artisanal de Grand-Lahou, de San Pedro ou de Sassandra, les conséquences sont concrètes : les stocks s'appauvrissent, les prises diminuent, les revenus baissent. Des familles entières dont la subsistance dépend de la mer voient leur mode de vie fragilisé par des chalutiers industriels qui repartent avec des tonnes de poissons déclarés nulle part.
Surveiller plusieurs millions de km² d'océan est un défi considérable pour des États dont les marines nationales sont souvent sous-équipées. Les bateaux pirates changent de pavillon, de nom, de port d'attache. Les systèmes de suivi GPS peuvent être manipulés ou éteints. Les transferts de poisson en haute mer permettent d'effacer les traces.
Les progrès existent. L'Architecture de Yaoundé, renforcée lors de la réunion de Paris, prévoit un meilleur partage des informations de surveillance maritime via la plateforme YARIS. Des patrouilles conjointes ont été organisées entre marines africaines. Le système de suivi des licences s'améliore.
Une souveraineté maritime africaine réelle nécessite des moyens navals à la hauteur, des systèmes d'information partagés fonctionnels, et surtout une volonté politique de confronter les partenaires commerciaux — notamment la Chine et l'UE — qui ferment les yeux sur les pratiques de leurs flottilles.
L'Afrique de 2050 doit nourrir ses populations avec son propre poisson. Ce n'est pas un luxe. C'est une question de souveraineté alimentaire.
Journaliste
Membre de la rédaction Scoop.Afrique.
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