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Un fils de Télimélé, trois livres chez L'Harmattan, et un pays en refondation qui cherche des voix. Pas une coïncidence.
Publié le 16 juin 2026 à 21:11 UTC+0

Télimélé. Une préfecture de la Guinée centrale que peu de gens savent situer sans carte. C'est là qu'est né Amadou Lamarana Bah en 1998. Ce détail géographique dit plus que n'importe quelle biographie officielle : il ne vient pas d'une famille de l'élite conakryenne. Il a fait le chemin.
À 27 ans, il publie chez L'Harmattan, la maison parisienne qui distribue une part essentielle de la production intellectuelle africaine francophone. Pas une fois. Trois fois.

Son premier roman, La haine d'un orphelin, suit Yacoub : un enfant sans parents, pris dans le piège du mariage forcé, qui cherche ce qu'il est vraiment. Ce n'est pas de la littérature de confort. C'est une Guinée que les statistiques mesurent mal, celle des enfants que les traditions broient et que l'éducation peut sauver, à condition qu'elle arrive à temps.
Son essai, Solution : pour une renaissance politique et morale de la Guinée, est plus ambitieux et plus risqué. Il y dit que rien ne change dans un pays si les hommes qui le dirigent ne changent pas d'abord. Intégrité, sens du devoir, culture du mérite. Des mots qu'on entend partout en Guinée depuis des décennies, certes. Mais lui les pose dans un contexte précis : une transition militaire qui dure depuis 2021, une constitution rédigée, des élections promises, et une population qui attend de savoir si quelque chose a vraiment changé. Dans ce vide, le discours sur les valeurs trouve de l'espace.
Son troisième livre, Le fatal "Oui", quitte la politique pour l'intime. Il y défend l'autonomie des femmes dans les choix amoureux, s'attaque à un conformisme qui aliène autant dans le foyer que dans l'État. Société, institutions, couple : il travaille les trois niveaux avec une cohérence rare pour son âge.
Ce qui est clair, c'est qu'Amadou Lamarana Bah ne se contente pas d'écrire. Il construit une présence : tribunes dans la presse guinéenne, site personnel, prises de parole sur l'éducation, le numérique, l'emploi des jeunes. Ce sont précisément les sujets qui traversent la Guinée de la transition sans que personne n'y apporte encore de récit structuré.

Il occupe un espace. Pas encore celui du politique au sens institutionnel, aucun mandat, aucune affiliation partisane identifiable. Mais celui de quelqu'un qui se prépare à compter dans le débat national. La plume d'abord. La suite, on verra.
Dans une Guinée qui cherche ses repères, ce fils de Télimélé fait le pari que la morale précède la mécanique. C'est discutable. C'est aussi, peut-être, exactement ce dont le pays a besoin d'entendre.
Journaliste
Membre de la rédaction Scoop.Afrique.
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