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Il y a un endroit à Abidjan où, chaque année, des étudiants remettent des tenues traditionnelles, cuisinent les recettes de leurs grands-mères, dansent les chorégraphies de leurs ancêtres et répondent à des questions sur l'histoire de leur propre peuple. Cet endroit s'appelle le QITAA. Et si tu ne le connais pas encore, c'est le bon moment.
Publié le 16 avril 2026 à 23:09 UTC

QITAA : Quotient Intellectuel et Talents Artistiques d'Abidjan.
Derrière l'acronyme, une idée simple et radicale à la fois : prouver que la jeunesse ivoirienne n'a pas à choisir entre l'intelligence et la culture. Qu'un étudiant peut être brillant en génie en herbe
Créé et porté par Ibrahim Famah Diabaté, auditeur de formation, Administrateur Directeur Général des Universités Nord Sud et Instituts Famah, le QITAA est aujourd'hui à sa 7ème édition en 2026. Depuis ses débuts, l'événement a rassemblé plus de 10 000 participants par édition, décerné 24 prix et récompenses, et embarqué des universités entières dans l'une des aventures culturelles les plus originales qu'Abidjan ait vues.
La prochaine édition se tient du 25 au 30 mai 2026. Et si tu n'y es pas, tu vas rater quelque chose.
La culture ivoirienne : un trésor qui demande à être gardé
Source : qitaaofficiel
La Côte d'Ivoire, ce n'est pas un pays. C'est un continent dans un pays.
Plus de 60 groupes ethniques. Le Dioula du Nord, le Bété du Centre-Ouest, l'Adjoukrou du littoral, le Guéré de l'Ouest, le Malinké des savanes, le Baoulé du Centre. Chacun avec ses danses, ses langues, ses habits, ses recettes, ses rites de passage, ses instruments. Le Djembé qui fait trembler la terre. Le Balafon qui cause avec les ancêtres. Le Kpanlogo qui fait bouger les hanches. La sauce graine qui a une adresse précise dans chaque village. Les masques Gouro qui parlent aux dieux.
Ce patrimoine est immense. Et il est fragile.
Parce que la modernité va vite. Parce que les villes grandissent et les villages s'éloignent. Parce que les enfants grandissent avec les réseaux sociaux et parfois sans les contes du soir. Parce qu'une culture qui n'est plus transmise à la génération suivante n'est plus une culture vivante : c'est un musée. Et les musées ne changent pas le monde.
C'est là que le QITAA intervient. Pas comme une leçon magistrale. Comme une compétition. Comme un défi. Comme une fête.
Ce qui se passe vraiment au QITAA
Six catégories. Six façons différentes de dire que tu tiens à ce que tu es.
Le Génie en Herbe : des équipes de 4 étudiants répondent à des questions de culture générale, histoire, économie, science, sport. Pas pour gagner un quiz. Pour prouver que l'étudiant ivoirien est curieux, informé, connecté au monde.
Les Faits Historiques : un théâtre mimé de 6 minutes pour raconter un fait marquant de la culture ivoirienne. Sans paroles. Juste les corps, les visages, les gestes. La mémoire collective racontée par des mains qui bougent.
La Danse Traditionnelle : 10 danseurs max, 4 minutes, des tenues d'un peuple, une chorégraphie transmise de génération en génération. Et sur la scène du Palais de la Culture d'Abidjan, ces danses retrouvent leur dignité, leur puissance, leur beauté.
Le Concours Culinaire : une heure trente de cuisine. Un plat issu du patrimoine gastronomique ivoirien. Un dressage. Une présentation. Parce que manger, c'est aussi une façon de se souvenir de qui on est.
Le Talent Artistique : chant, slam, poésie, humour, beatbox, art oratoire. La voix de la jeunesse, sous toutes ses formes, amplifiée devant un public.
Le Concours d'Élégance : des Prince et des Princesse QITAA défilent en tenues traditionnelles et se présentent en langue maternelle et en français. La fierté de sa culture exprimée avec classe.
Et au-delà des concours : des voyages d'immersion culturelle dans les localités rurales, des projets RSE élaborés pour répondre aux besoins réels des villages visités, des panels sur l'éducation et l'emploi, un grand concert de clôture. Le QITAA est un festival dans le sens le plus complet du terme.
L'homme qui a décidé que la culture méritait une compétition
Ibrahim Famah Diabaté, Commissaire Général QITAA — Source : qitaaofficiel
Ibrahim Famah Diabaté n'est pas un organisateur d'événements. C'est un architecte de consciences. Auditeur de formation, directeur d'universités privées, il a compris très tôt que le meilleur endroit pour réenchanter la culture, c'est l'université. Parce que c'est là que la jeunesse se forme. Parce que c'est là qu'elle décide de ce qu'elle va garder et ce qu'elle va laisser tomber. Parce que si la culture africaine ne rentre pas dans les amphis, elle ne survivra pas dans les villes.
Au fil des éditions, son travail a été reconnu : Grand Prix des Leaders Afrique Diaspora (Paris, 2023), Meilleur Manager du secteur de l'Enseignement Supérieur Privé, figurant dans la liste des 88 leaders inspirants de Côte d'Ivoire. Ces distinctions ne lui appartiennent pas. Elles appartiennent à chaque étudiant qui a remonté une tenue traditionnelle pour monter sur scène, à chaque équipe qui a cuisiné un plat de son village devant un jury, à chaque voix qui a slamé dans sa langue maternelle.
Pourquoi célébrer la culture africaine n'est pas nostalgique : c'est stratégique
Il y a une idée fausse qui circule. L'idée que valoriser la culture traditionnelle, c'est regarder en arrière. Que les danses et les masques et les recettes, c'est bien pour les musées et les documentaires, mais pas pour l'avenir.
C'est faux. Et les chiffres le prouvent.
L'UNESCO estime que les industries culturelles et créatives représentent 3% du PIB mondial, plus de 30 millions d'emplois, et une croissance annuelle de 5%. En Afrique, ce secteur est massivement sous-exploité malgré une richesse culturelle sans équivalent sur la planète. Les pays qui valorisent leur culture, comme le Sénégal avec ses artisans et son cinéma, le Nigeria avec Nollywood, le Maroc avec sa gastronomie et son artisanat, créent de la valeur économique réelle à partir de leur identité.
La culture n'est pas un héritage passif. C'est un actif économique, diplomatique et social. Un peuple qui connaît ses danses, ses langues, ses recettes, ses histoires est un peuple qui se respecte. Et un peuple qui se respecte est un peuple difficile à dominer.
Le QITAA l'a compris avant beaucoup d'autres.
Logo QITAA 7 — 25-30 mai 2026, Abidjan — Source : qitaaofficiel
La 7ème édition du festival se tient du 25 au 30 mai 2026 à Abidjan. Au programme : les manches éliminatoires, les voyages d'immersion, les panels, la journée d'action sociale, et la grande finale avec le concert de clôture.
Le festival est soutenu par Orange Côte d'Ivoire, Canal+, l'UNESCO, le Ministère de la Culture et de la Francophonie, l'Ambassade de Grande-Bretagne, Air Côte d'Ivoire, Accor Hotels et de nombreux autres partenaires institutionnels et privés.
La culture ivoirienne n'a pas besoin d'être sauvée. Elle a besoin d'être célébrée. Le QITAA, c'est cette célébration qui refuse de se taire.
Journaliste
Membre de la rédaction Scoop.Afrique.
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