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Les délégations de la RDC et du M23 ont signé le 15 avril 2026 à Montreux un accord-cadre humanitaire sous l'égide du CICR. Première concrétisation après le cessez-le-feu de février, l'accord ouvre des corridors pour l'aide dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu.
Publié le 21 avril 2026 à 11:29 UTC

Pour la première fois depuis le début du conflit dans l'Est du Congo, les parties directement opposées ont signé un texte conjoint. Le 15 avril 2026, à Montreux, en Suisse, des représentants de la République Démocratique du Congo et du mouvement M23 ont paraphé un accord-cadre humanitaire sous l'égide du Comité International de la Croix-Rouge (CICR). L'accord est modeste, technique, et volontairement dépolitisé. Il est néanmoins historique.
Le texte de Montreux crée trois corridors humanitaires permanents dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, les deux provinces les plus touchées par le conflit. Ces corridors permettront à des organisations comme le HCR, MSF, et le PAM d'acheminer nourriture, médicaments et matériel d'abri vers les zones contrôlées par le M23, où environ 2,3 millions de déplacés internes sont piégés depuis début 2025.
L'accord prévoit également un mécanisme de notification préalable : chaque convoi humanitaire devra être annoncé 48 heures à l'avance auprès d'un point focal désigné dans chaque camp, afin d'éviter les incidents armés. Le CICR assure la fonction de garant et d'arbitre en cas de violation.
Il ne s'agit pas d'un accord politique. La question de la reconnaissance du M23, des exigences du Rwanda, du retrait des forces étrangères, ou du futur institutionnel de l'Est Congo est explicitement exclue du texte. "C'est un accord de gens pragmatiques qui veulent que les enfants ne meurent pas de faim pendant que les diplomates négocient", a déclaré une source CICR au site d'information Radio Okapi.
L'accord de Montreux intervient sept semaines après le cessez-le-feu annoncé le 28 février 2026 entre Kinshasa et le M23, dans le cadre du processus de médiation de la Communauté de l'Afrique de l'Est (CAE). Ce cessez-le-feu, fragile et souvent violé selon les observateurs de terrain, n'avait jusqu'ici produit aucune mesure concrète sur le terrain.
La pression humanitaire est devenue insoutenable. L'Est du Congo traverse l'une des pires crises alimentaires de son histoire : selon le Programme Alimentaire Mondial, 4,7 millions de personnes sont en situation d'insécurité alimentaire sévère dans les deux Kivu, un chiffre en hausse de 40% depuis janvier 2025. Plusieurs épidémies de choléra ont été signalées dans les camps de déplacés, causant des centaines de morts.
L'accord a été rendu possible par deux évolutions diplomatiques majeures. D'une part, le gouvernement de Kinshasa a accepté, sous pression internationale, que ses représentants s'assoient à la même table que le M23. D'autre part, Kigali a signalé à ses alliés au sein du M23 qu'un accord humanitaire ne remettait pas en cause leurs positions politiques.
La France, la Belgique et les États-Unis, qui ont tous conditionné en janvier 2026 leur aide au Rwanda à une désescalade en RDC, ont salué l'accord dans des communiqués conjoints publiés le 16 avril.
Les analystes sont prudents. David Mwambari, chercheur à l'Institut d'Études Africaines de Kinshasa, note que "des accords humanitaires ont déjà été signés et ignorés dans ce conflit. Ce qui est différent cette fois, c'est le mécanisme de vérification du CICR, qui dispose d'équipes sur le terrain et d'une crédibilité avec les deux parties."
La vraie question — le retrait des forces rwandaises, la démobilisation du M23, le futur politique du Nord et du Sud-Kivu — reste entière. Montreux est un début. Ce n'est pas une paix.
Journaliste
Membre de la rédaction Scoop.Afrique.
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