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Le 17 avril 2026, un premier groupe de migrants latino-américains expulsés des États-Unis a atterri à Kinshasa, dans le cadre d'un accord signé entre Tshisekedi et l'administration Trump. Un pays en guerre accueille des Péruviens et des Équatoriens pour plaire à Washington. Pourquoi ?
Publié le 22 avril 2026 à 11:10 UTC

Il existe des titres d'information qui font douter de leur propre réalité. Celui-ci en fait partie.
Le 17 avril 2026, un groupe d'une quinzaine à vingt personnes, originaires principalement du Pérou et de l'Équateur, a atterri à l'aéroport international de N'djili, à Kinshasa. Ces personnes n'avaient jamais mis les pieds en République Démocratique du Congo. Elles n'y ont aucune attache. Elles ne parlent ni le lingala ni le swahili. Elles ont été expulsées du territoire américain par l'administration Trump et envoyées dans ce pays d'Afrique centrale — parce que Kinshasa avait accepté de les recevoir.
Le 5 avril 2026, le gouvernement congolais a signé avec l'administration américaine un accord de "transfert temporaire" de migrants expulsés. Ces migrants — qui ne sont pas congolais — seraient hébergés sur le sol de la RDC le temps d'un "retransfert" vers leurs pays d'origine. Washington finance intégralement l'opération : transport, hébergement, logistique.
Sur le papier, c'est une transaction purement administrative. Dans la réalité, c'est l'une des concessions diplomatiques les plus humiliantes qu'un dirigeant africain ait faites depuis des années.
Pour comprendre cet accord, il faut remonter à février 2025. C'est à cette date que Félix Tshisekedi prend une décision stratégique : il sollicite publiquement une participation américaine dans l'exploitation des ressources minières de la RDC, dont 75 à 80% sont actuellement aux mains d'entreprises chinoises.
La logique est cohérente : si les Américains investissent dans les mines congolaises, ils auront un intérêt géopolitique direct à la stabilité du pays. Mais Trump ne donne rien gratuitement. L'accord sur les migrants est l'une des contreparties de ce rapprochement.

Ce qui rend la situation proprement surréaliste, c'est le contexte : le pays vit depuis 2024 l'une de ses pires crises humanitaires, avec 7 millions de déplacés internes, des épidémies de choléra, 4,7 millions de personnes en insécurité alimentaire. Et dans cet état, le gouvernement congolais accepte d'accueillir des étrangers que les États-Unis ne veulent plus.
"C'est illégal selon le droit international", affirment plusieurs juristes congolais, soulignant qu'un migrant expulsé a le droit d'être renvoyé dans son pays de nationalité, pas dans un pays tiers avec lequel il n'a aucun lien.
Au-delà du cas congolais, cet accord pose une question que le continent ne peut pas esquiver : jusqu'où les dirigeants africains sont-ils prêts à aller pour sécuriser l'appui des grandes puissances sur leurs ressources naturelles ? Le minerai africain est au cœur de toutes ces transactions. Il est temps que l'Afrique comprenne qu'elle détient une monnaie de négociation considérable — et qu'elle apprenne à en fixer le prix elle-même.
Journaliste
Membre de la rédaction Scoop.Afrique.
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