Face à la demande de garanties judiciaires du PDCI-RDA pour le retour de Tidjane Thiam, le porte-parole du gouvernement Amadou Coulibaly renvoie la balle au juge d'instruction. Un an après son départ en exil, la question du retour de l'opposant reste entière.
Publié le 15 octobre 2026 à 09:44 — mis à jour le 19 octobre 2026 à 18:11

Depuis quatorze mois, un parti historique de Côte d'Ivoire est dirigé depuis un appartement parisien, par visioconférence. Son chef attend un signal que personne ne veut lui donner clairement. Mercredi 14 octobre, ce signal a pris la forme d'une fin de non-recevoir, sèche, presque cassante.
Le PDCI-RDA réclame des garanties judiciaires écrites avant d'autoriser Tidjane Thiam à rentrer au pays, lui qui a été exclu de la présidentielle d'octobre 2025 après une bataille autour de sa nationalité. Selon KOACI, le porte-parole du gouvernement Amadou Coulibaly a répliqué sans détour lors du point de presse qui a suivi le Conseil des ministres : « seul le juge d'instruction pourrait vous le dire », a-t-il lancé, rappelant que l'exécutif ne « commande pas les affaires qui sont en instruction ».
Pourquoi cela compte ? derrière cette joute sémantique se joue une question simple, celle de savoir si un pays peut organiser le retour d'un opposant exilé sur la seule base d'une promesse orale.
Coulibaly dit ne rien comprendre à cette requête, sauf si Thiam était lui-même impliqué dans les troubles qui ont suivi le scrutin, des troubles qui valent déjà à deux cadres du PPA-CI, le parti de Laurent Gbagbo, d'être poursuivis. Sébastien Dano Djédjé sous contrôle judiciaire, Justin Koné Katinan sous mandat de dépôt. Le message est clair , à Abidjan, la justice précède toute garantie, elle ne la suit pas. Afrique 7 confirme que le PDCI-RDA réclame un cadre pour ce retour depuis février, sans réponse officielle depuis mai.
Brindoumy Kouassi, porte-parole du parti, avait expliqué que Thiam se trouvait « en mission » en France, une formule qui, quatorze mois après son départ, convainc de moins en moins jusque dans ses propres rangs.
À l'heure où plusieurs voisins de la Côte d'Ivoire basculent dans des régimes verrouillés, la capacité d'un pays à gérer le retour d'un opposant sans l'emprisonner ni l'effacer sera l'un des grands marqueurs de maturité démocratique de l'Afrique de 2050.
Un continent qui veut peser sur le monde ne peut pas se permettre d'alterner, à chaque cycle électoral, entre exil forcé et silence radio.
Tidjane Thiam rentrera-t-il un jour à Abidjan sans juge à ses trousses, ou la Côte d'Ivoire vient-elle d'inventer une façon plus subtile de garder ses opposants à distance ?
Signé
Journaliste, rédactrice, correspondante Bénin
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