Neuf mois après sa suspension pour propos de haine anti-Tutsi, le général Sylvain Ekenge redevient porte-parole des FARDC sans jamais avoir été poursuivi, et Kigali y voit la preuve d'un projet d'État.
Publié le 28 septembre 2026 à 09:42 — mis à jour le 29 septembre 2026 à 11:03

Ecouter l'article
Neuf mois de silence, puis un communiqué signé de sa main : le général Sylvain Ekenge est redevenu porte-parole des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), comme si de rien n'était.
Sylvain Ekenge avait pourtant été suspendu le 27 décembre 2025, après des propos tenus sur la radio d'État RTNC où il mettait en garde les hommes congolais contre le mariage avec des femmes tutsi, accusées de vouloir préserver leur « race » par ce biais, rappelle Taarifa Rwanda. Neuf mois plus tard, aucune poursuite judiciaire n'a été engagée contre lui, et sa réintégration a été annoncée non pas par un communiqué officiel dédié, mais glissée dans un texte des FARDC daté du 25 septembre, qu'il a lui-même signé, précise The New Times.
Pour Kigali, le signal est clair. Le ministre rwandais des Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe, a qualifié ce retour de « troublant et indécent », et y voit la preuve que le discours de haine contre les Tutsi congolais relève d'un projet politique pleinement assumé par l'État congolais, non du fait de brebis galeuses isolées, selon des propos relayés par The New Times.
Une analyse publiée par Africa-Press va plus loin, établissant un parallèle avec Kangura, ce journal rwandais qui exhortait dès 1992 à se méfier des femmes tutsi avant le génocide de 1994. Le vocabulaire d'Ekenge, avertissant que les épouses tutsi « peuvent agir avec perfidie », en est la résonance directe.
En 2050, la région des Grands Lacs se rêve intégrée, connectée, débarrassée de ses vieilles fractures ethniques. Mais aucune intégration régionale ne tient si les mots qui ont précédé un génocide peuvent encore être prononcés à la radio d'État sans coûter une carrière, et encore moins un procès.
Combien de communiqués de ce genre faudra-t-il avant que la région cesse de traiter la parole génocidaire comme un simple faux pas de communication ?
Connectez-vous pour partager votre analyse sur cet article. Les contributions sont relues par la rédaction avant publication.
Chargement des commentaires…