Wharf rouillé, école centenaire fissurée, tunnel lié à la traite négrière : à Sassandra, un reportage de Fraternité Matin documente un patrimoine unique en train de disparaître, faute de restauration.
Publie le 6 septembre 2026 à 12:11

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Un tunnel de pierre où l'écho porte encore le poids des chaînes. Une école centenaire qui menace de s'effondrer sur ses propres élèves. Un port qui fut, il y a soixante-dix ans, le principal hub commercial de toute l'Afrique de l'Ouest, aujourd'hui rongé par la rouille et l'oubli. Bienvenue à Sassandra.
À plus de 250 kilomètres d'Abidjan, cette ville côtière ivoirienne concentre à elle seule plusieurs pans de l'histoire du pays, précoloniale et coloniale. Un reportage exclusif de Fraternité Matin la décrit comme un musée à ciel ouvert, et c'est peut-être la formule la plus juste : nulle part ailleurs en Côte d'Ivoire on ne trouve autant de mémoire concentrée sur si peu de kilomètres carrés, ni autant de dégradation en train de l'effacer.
Le quotidien documente l'état du Wharf, ce comptoir qui fut dans les années 1950 le premier point d'échange commercial d'Afrique de l'Ouest et qui n'est plus aujourd'hui qu'une carcasse battue par l'océan. Il rapporte aussi la dégradation avancée de la maison coloniale du gouverneur, symbole d'une époque que peu de bâtiments racontent encore aussi fidèlement, et celle d'une école régionale vieille de 127 ans, toujours debout mais fragilisée par le temps.
Plus loin, à Grand-Drewin, le Tunnel de la Honte garde la trace d'un passé plus douloureux encore, celui de la traite négrière qui a marqué cette côte bien avant la colonisation française.
Sassandra fut un comptoir stratégique bien avant que l'on parle de Côte d'Ivoire indépendante, et c'est précisément ce qui rend son délabrement actuel si lourd de sens.
Un continent qui laisse s'effondrer les lieux où s'est écrite sa propre histoire prend le risque de léguer à ses enfants une mémoire trouée. D'ici 2050, la génération qui grandit aujourd'hui pourrait ne connaître la traite négrière, le commerce colonial ou l'école de ses arrière-grands-parents qu'à travers des photos, si rien n'est fait pour restaurer ce qui tient encore debout.
Que reste-t-il d'un peuple qui n'entretient plus les pierres où repose sa mémoire ? Faut-il classer Sassandra au patrimoine national avant qu'il ne soit trop tard ?
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