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Rapport ONU Women ce 15 avril : 12,7 millions de femmes nécessitent un soutien après violences sexuelles au Soudan. La conférence de Berlin se tient aujourd'hui. Analyse d'une guerre oubliée et d'un biais médiatique africain.
Publié le 15 avril 2026 à 17:36 UTC

Trois ans de guerre. 150 000 morts. 12,7 millions de femmes et filles qui ont besoin d'aide après des violences sexuelles. Et ce 15 avril 2026, une conférence internationale se tient à Berlin pour en parler. Le problème : ce n'est pas la première.
Ce matin, UN Women a publié un rapport cinglant. Depuis le début de la guerre entre les Forces armées soudanaises et les Forces de soutien rapide en avril 2023, la violence sexuelle n'est plus un dommage collatéral du conflit. C'est une arme de guerre documentée, systémique, délibérée. En trois ans, le nombre de femmes nécessitant un soutien après violences sexuelles est passé de 3,1 millions à 12,7 millions. Quatre fois plus. Anna Mutavati, directrice régionale d'UN Women pour l'Afrique orientale et australe, est directe : selon elle, ces violences sont désormais intégrées dans la stratégie même de la guerre.
Le paradoxe soudanais est brutal. C'est la plus grande crise de déplacement au monde, devant l'Ukraine. Plus de 4,5 millions de Soudanais ont fui vers les pays voisins. Le système de santé est au bord de l'effondrement. Et pourtant, les dons internationaux se raréfient. L'agence humanitaire des Nations Unies a lancé un appel de 1,6 milliard de dollars pour les réfugiés dans la région, qui n'est couvert qu'à une fraction de cet objectif.

Salle de l'assemblée générale ONU | Source AFP
La conférence de Berlin d'aujourd'hui réunit les grands donateurs internationaux. Amnesty International, Human Rights Watch et des dizaines d'organisations soudanaises leur demandent trois choses concrètes : un financement humanitaire d'urgence, une pression sur les belligérants pour que l'aide passe, et une injonction à ne pas fournir d'armes aux deux camps, incluant une mise en cause directe des Émirats arabes unis, accusés d'alimenter les RSF.
Pourquoi l'Afrique devrait regarder ce conflit autrement ? Parce que le Soudan n'est pas qu'une tragédie lointaine. C'est un pays arabe et africain, à la croisée de l'Afrique subsaharienne et du Sahel, dont la déstabilisation nourrit déjà les routes de migration et les réseaux jihadistes du continent. Et parce que le traitement médiatique du Soudan versus celui de l'Ukraine pose une question que l'Afrique doit affronter directement : la vie d'une femme soudanaise vaut-elle moins que celle d'une femme européenne dans les colonnes de nos journaux ?
Berlin parle aujourd'hui. L'Afrique doit exiger d'être dans cette pièce, pas juste dans les statistiques.
Source Couverture: UN Women
Journaliste
Membre de la rédaction Scoop.Afrique.
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