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Le 18 avril 2026, Lomé a lancé sa Stratégie Togo-Sahel 2026-2028, avec un objectif affiché : servir de pont entre l'Alliance des États du Sahel et la communauté internationale. Le Togo s'impose là où la CEDEAO a échoué.
Publié le 22 avril 2026 à 05:41 UTC

Pendant que la CEDEAO imposait des sanctions au Mali, au Niger et au Burkina Faso — sanctions levées sous la pression des faits — un petit pays de 9 millions d'habitants sur la côte du Golfe de Guinée cultivait discrètement des relations avec ces mêmes juntes. Ce pays, c'est le Togo. Et ce pari diplomatique contre-intuitif est en train de payer.
Le 18 avril 2026, à Lomé, sous le haut patronage de Faure Gnassingbé, une Réunion de Haut Niveau a officiellement lancé la Nouvelle Stratégie Togo-Sahel 2026-2028. Avec un message sans ambiguïté : le Togo entend être le "pont entre l'Alliance des États du Sahel et l'ensemble de la communauté internationale".
La CEDEAO a géré les coups d'État sahéliens de 2021 à 2023 avec la finesse d'un marteau. Sanctions économiques, ultimatums, menaces d'intervention militaire jamais réalisées. Résultat : le Mali, le Niger et le Burkina Faso ont créé l'Alliance des États du Sahel (AES), annoncé leur retrait de la CEDEAO, et resserré leurs liens avec la Russie.
C'est dans ce vide que le Togo s'est engouffré.
Faure Gnassingbé a une approche radicalement différente de celle d'Accra ou d'Abuja. Il ne menace pas. Il ne condamne pas. Il appelle. Il reçoit. Il parle. Pendant les crises sahéliennes, Lomé est restée ouverte aux dirigeants des juntes. En 2025, le Togo a joué un rôle déterminant dans la libération de soldats ivoiriens détenus au Mali.
La nouvelle stratégie sahélienne repose sur cinq axes : dialogue politique entre Lomé et l'AES ; lutte conjointe contre le terrorisme ; intégration des peuples ; développement économique entre le Togo et les pays de l'AES ; et éducation et formation partagée — accueillir des étudiants des pays de l'AES dans les universités togolaises.
Ce qui donne du poids à cette stratégie, c'est qu'elle a reçu l'aval officiel à la fois de l'Union africaine et — fait notable — de la CEDEAO elle-même. Les deux organisations semblent avoir compris qu'elles ne peuvent pas dialoguer directement avec les juntes, et que laisser Lomé jouer ce rôle est infiniment préférable à un vide diplomatique total.
C'est une diplomatie de la modestie — et souvent, dans la politique africaine, c'est la plus efficace.
Journaliste
Membre de la rédaction Scoop.Afrique.
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