Les ventes tunisiennes vers le Maroc et l'Algérie baissent en 2026, tandis que celles vers l'Égypte bondissent de 78%. Un rééquilibrage qui redessine la carte commerciale de la Tunisie en Afrique du Nord.
Publié le 14 octobre 2026 à 10:19 — mis à jour le 19 octobre 2026 à 08:16

Un pays qui vendait plus à ses voisins immédiats, et qui vend désormais plus loin. Selon l'Institut national de la statistique (INS), publié le 12 octobre, les exportations tunisiennes vers le Maroc ont reculé de 22,1% sur les neuf premiers mois de 2026, passant de 718,8 à 559,7 millions de dinars. Vers l'Algérie, la baisse est de 11%, à 1 187,8 millions.
À l'inverse, l'Égypte bondit de 78,6%, de 150,9 à 269,5 millions de dinars. Un chiffre spectaculaire en pourcentage, mais qui reste marginal en valeur absolue : à peine plus de 0,5% des exportations totales tunisiennes. L'Arabie saoudite progresse elle aussi de 52,1%.
Le vrai basculement se lit dans le solde commercial avec le Maroc.
La Tunisie, excédentaire en 2025 face à son voisin, devient déficitaire en 2026 : ses achats au Maroc ont presque doublé, de 403,2 à 780 millions de dinars. Avec l'Algérie, le déficit se creuse, de 3 140,5 à 3 879,7 millions. Avec l'Égypte, il explose carrément, de 819 à 2 767,4 millions, les achats tunisiens ayant plus que triplé.
Ces chiffres racontent une intégration maghrébine encore fragile. Les échanges entre l'Union européenne et la Tunisie, eux, continuent d'absorber 70,2% des exportations du pays. L'Afrique reste un partenaire marginal pour sa propre voisine nord-africaine, et c'est bien le problème que la zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) est censée corriger, sans y parvenir encore dans les faits.
Une Afrique du Nord qui veut peser économiquement d'ici 2050 ne pourra pas se contenter d'un commerce qui privilégie systématiquement l'Europe sur ses propres voisins. Le repli tunisien face au Maroc et à l'Algérie, au profit d'une Égypte encore marginale dans ses chiffres, montre à quel point le commerce intra-maghrébin reste à construire, plus qu'à consolider.
Signé
Journaliste, rédactrice, correspondante Bénin
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