Face aux explosions meurtrières de camions-citernes accidentés, le GPP et l'État ivoirien lancent une campagne de huit semaines pour apprendre à 5 millions de personnes à ne plus siphonner le carburant.
Publié le 11 octobre 2026 à 13:10 — mis à jour le 19 octobre 2026 à 21:53

Un camion-citerne renversé sur le bas-côté, des badauds qui s'approchent avec des bidons plutôt que de fuir : cette scène, familière sur les routes ivoiriennes, a souvent précédé des explosions qui ont tué par dizaines. C'est ce réflexe mortel que l'État et les professionnels du pétrole veulent désormais désapprendre.
Lancée le 9 octobre à Abidjan par le Groupement des professionnels de l'industrie du pétrole (GPP) et le ministère ivoirien des Mines, du Pétrole et de l'Énergie, la campagne "Vies Sauves 2026" cible 5 millions de personnes en huit semaines : conducteurs, transporteurs, usagers de la route et jeunes. Le sujet n'est pas anecdotique. En Afrique de l'Ouest, le siphonnage de carburant après un accident de camion-citerne reste une cause récurrente de catastrophes.
Selon Étienne Kouakou, directeur général de l'Office de sécurité routière (OSER), 95% des accidents de la route en Côte d'Ivoire sont dus au facteur humain. Un chiffre qui déplace la responsabilité : ce n'est pas seulement l'état des routes ou des véhicules qui tue, c'est aussi ce que chacun décide de faire, ou de ne pas faire, au moment critique.
Sébastien Kadio Morokro, président du GPP, résume l'ambition de la campagne : que "chaque citoyen sache reconnaître immédiatement le danger". L'opération se conclura par une déclaration nationale d'engagement signée par l'État et les professionnels du pétrole, confirment APA News et Abidjan.net.
Pour la jeunesse ivoirienne, usagère quotidienne des motos-taxis, des cars de transport et des axes surchargés, cette campagne touche à une réalité vécue plus qu'à une statistique lointaine. Changer un réflexe collectif demande plus que des affiches : il faut une pédagogie du danger, répétée, incarnée, crédible.
D'ici 2050, les routes d'Afrique de l'Ouest porteront un trafic démultiplié, porté par une population urbaine en pleine explosion. Les pays qui auront fait de la sécurité routière une culture partagée, et non une simple consigne administrative, éviteront des milliers de morts évitables chaque année.
Changer de regard sur un camion accidenté, y voir un danger plutôt qu'une opportunité : huit semaines de campagne suffiront-elles à ancrer durablement ce réflexe ?
Signé
Journaliste, rédactrice, correspondante Bénin
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