Le Zimbabwe a célébré ce mardi son tout premier Munhumutapa Day, jour férié dédié à l'empire précolonial du Monomotapa, entre fierté patrimoniale et interrogations sur la durée du pouvoir de Mnangagwa.
Publié le 15 septembre 2026 à 12:22 — mis à jour le 29 septembre 2026 à 15:30

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Ce mardi 15 septembre à Mvurwi, dans le Mashonaland Central, plus de 100 000 personnes sont attendues autour d'un mot que l'école coloniale n'a jamais voulu enseigner : Munhumutapa. Le président Emmerson Mnangagwa préside la toute première édition de ce nouveau jour férié national, dédié à l'empire précolonial du Monomotapa, qui dominait jadis un vaste territoire d'Afrique australe, du Zambèze au Limpopo.
Cet empire, longtemps effacé des livres d'histoire écrits depuis Londres ou Lisbonne, revient au centre du calendrier national zimbabwéen. Ce n'est pas une commémoration folklorique, mais un choix politique assumé : replacer la grandeur africaine précoloniale au cœur du récit national, à l'heure où le continent réclame, de Kinshasa à Accra, la restitution de ses objets, de ses récits et de sa mémoire.
Selon AllAfrica, la journée mêle symboles et politique concrète : lancement d'un projet de logement de 259 hectares destiné aux jeunes, avec 2 000 parcelles réparties entre Mvurwi, Kimcourt, Centenary et Bindura.
Un responsable de la Ligue de la jeunesse du parti au pouvoir, résume l'ambition : « L'empire du Mutapa a construit le Grand Zimbabwe. Aujourd'hui, nous construisons un nouveau Zimbabwe. » Mais la célébration ne fait pas taire les voix critiques : le journaliste Gabriel Manyati, s'inquiète d'une « normalisation par petites touches » du pouvoir personnel, pointant des déclarations de Mnangagwa évoquant un maintien au pouvoir jusqu'en 2035, voire 2037 selon certains cadres du parti. Un rappel que la fierté patrimoniale et la question démocratique avancent, au Zimbabwe, sur la même route.
Avec le recul de 2050, cette journée pourrait compter parmi les jalons d'une reconquête narrative plus large, celle par laquelle l'Afrique cesse de raconter son propre passé avec les mots de ses anciens colonisateurs. Le Monomotapa, le Grand Zimbabwe ou l'empire du Mali appartiennent à une histoire que le continent commence, enfin, à écrire lui-même.
Peut-on célébrer la grandeur d'un empire disparu sans se demander ce que devient, aujourd'hui, le pouvoir de ceux qui la célèbrent ?
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