Mémoire
Le 21 octobre 2016, un train Camrail bondé quittait les rails sur la ligne Yaoundé-Douala. Dix ans plus tard, la catastrophe pose toujours la question de la sécurité et des responsabilités dans le rail africain.
Éséka — Publié le 22 octobre 2026 à 05:26

21 octobre 2016, un peu avant 11 heures. Sur la ligne Yaoundé-Douala, un train Camrail déraille à Éséka, dans le Centre du Cameroun. Dix ans plus tard, le bilan reste gravé : 79 morts et plus de 500 blessés, la catastrophe ferroviaire la plus grave du pays, rappelle RFI.
Ce jour-là, le train était bondé. Des pluies avaient détruit un pont sur la route principale, et les voyageurs s'étaient reportés sur le rail. Camrail avait ajouté huit voitures aux neuf habituelles. Environ 1 300 passagers seraient montés à bord, d'après les informations rapportées à l'époque, pour une capacité de 600 dans le train non rallongé.
Les enquêtes ont mis des mots sur ce que beaucoup redoutaient. Selon Reuters, au moins un rapport confidentiel commandé par le gouvernement attribuait à Camrail une « responsabilité totale et entière ». Treize des 17 voitures auraient eu des freins défaillants, et la direction aurait ignoré les alertes de son personnel. Camrail est une filiale du groupe français Bolloré, dont le patron Afrique avait évoqué une vitesse supérieure à la limite.
Dix ans après, la date n'est pas qu'un anniversaire. Elle pose une question simple : que vaut la vie d'un passager africain dans un contrat de concession ? Qui contrôle les freins, qui écoute les cheminots, qui répond quand le train déraille ?
Pour l'Afrique de 2050, le rail sera une colonne vertébrale : corridors miniers, villes reliées, marchandises qui circulent. Chaque ligne rénovée ou construite devra répondre à l'exigence qui a manqué à Éséka. La sécurité d'abord, et des comptes à rendre.
Dix ans après, que devrait-on exiger des opérateurs ferroviaires du continent ?
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