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En mars 2026, la raffinerie Dangote a produit assez d'essence pour couvrir toute la demande nigériane et exporter le surplus. Un tournant historique pour un pays qui importait 90% de son carburant il y a encore deux ans.
Publié le 21 avril 2026 à 11:04 UTC

Il y a deux ans, le Nigeria, premier producteur de pétrole brut d'Afrique, importait 90% de l'essence consommée par ses 220 millions d'habitants. Une absurdité structurelle qui coûtait chaque année des milliards de dollars à l'État et alimentait une crise permanente des pompes à essence. Ce paradoxe appartient désormais au passé.
En mars 2026, pour la première fois de son histoire, le Nigeria est devenu exportateur net d'essence. La raffinerie Dangote, la plus grande d'Afrique, a produit 44 000 barils par jour (bpd), dépassant la demande intérieure estimée à 41 000 bpd. Les 3 000 barils excédentaires quotidiens ont été orientés vers l'export. Premier client : le Mozambique, qui a reçu en avril le tout premier cargo d'essence nigériane à destination de l'Afrique de l'Est.
La mécanique d'une révolution industrielle
La raffinerie d'Aliko Dangote, installée à Lagos sur une superficie équivalente à Monaco, a atteint en mars 2026 sa capacité de croisière sur le segment des produits raffinés légers. Opérationnelle depuis fin 2024 sur le brut, elle a mis dix-huit mois à optimiser ses unités de craquage catalytique pour atteindre le rendement en essence nécessaire à l'autosuffisance.
Les chiffres sont éloquents : en 2023, le Nigeria dépensait 10 milliards de dollars par an en importations d'essence, selon les données de la Nigerian Midstream and Downstream Petroleum Regulatory Authority (NMDPRA). Ce chiffre a chuté à moins de 2 milliards en 2025, et l'objectif de zéro import net est désormais atteint sur le seul mois de mars.
Un premier cargo vers Maputo
Le navire-citerne MV Ondo Star a quitté le terminal de la raffinerie le 9 avril 2026, chargé de 60 000 barils d'essence destinés au port de Maputo. C'est symboliquement puissant : le Nigeria, qui ne pouvait pas assurer le plein de ses propres véhicules en 2022, alimente aujourd'hui les pompes mozambicaines.
Ndu Ughamadu, porte-parole de la NMDPRA, a déclaré à Vanguard que cette livraison "marque le début d'une nouvelle ère pour le marché pétrolier africain, dans laquelle un pays africain peut raffiner pour d'autres pays africains."
La fin du paradoxe africain du pétrole
Ce tournant brise l'une des plus grandes ironies économiques du continent : l'Afrique possède 10% des réserves mondiales de pétrole, mais raffine moins de 3% de sa production. Le reste du brut est exporté en Europe, raffiné, puis réimporté à prix fort sous forme de carburant. Le Nigeria était le symbole le plus caricatural de ce paradoxe — exportateur de brut numéro un d'Afrique subsaharienne, mais incapable de s'approvisionner en essence localement.
La raffinerie Dangote, dont la capacité maximale est de 650 000 bpd, pourrait théoriquement couvrir les besoins en carburant de toute l'Afrique de l'Ouest si elle montait à pleine puissance. BusinessDay Nigeria rapporte que des négociations sont en cours avec le Ghana, le Sénégal et la Côte d'Ivoire pour des livraisons régulières dès le troisième trimestre 2026.
Dangote, l'industriel qui a changé le continent
Aliko Dangote, homme le plus riche d'Afrique avec une fortune estimée à 28 milliards de dollars, a investi 20 milliards de dollars dans ce projet sur quinze ans. Il a subi les moqueries des experts pétroliers occidentaux, les retards chroniques, les attaques des lobbies d'importateurs, et la dévaluation du naira qui a fait exploser le coût des équipements importés.
Aujourd'hui, son projet le plus fou est en train de réécrire l'économie énergétique africaine. "Nous allons exporter vers toute l'Afrique d'ici 2027", a-t-il répété lors d'une interview à Lagos ce mois-ci. Pour une fois, personne ne rit.
Journaliste
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