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Lors de la 10ᵉ édition des ADICOM Days à Abidjan (16 avril 2026), des professionnels de l'audiovisuel africain ont révélé que des répliques de la série "Les Nounous" sont entrées dans le langage quotidien ivoirien. Une fiction devient un phénomène culturel. Et l'industrie des séries CI commence à peser.
Publié le 22 avril 2026 à 05:35 UTC

Il y a un test simple pour mesurer l'impact culturel réel d'une série télévisée : est-ce qu'elle change la façon dont les gens parlent ? Est-ce que ses personnages entrent dans la langue quotidienne ? Est-ce que ses répliques deviennent des références qu'on cite sans même savoir qu'on cite ?
Par ce test, "Les Nounous" — la série ivoirienne diffusée sur A+ Ivoire (Canal+ Côte d'Ivoire) depuis septembre 2024 — vient de franchir une ligne.
Le 16 avril 2026, lors de la 10ᵉ édition des ADICOM Days à Abidjan, un panel réunissant des professionnels de l'audiovisuel africain a présenté une étude sur l'impact culturel des séries ivoiriennes. Conclusion principale : certaines répliques de "Les Nounous" sont désormais entrées dans le langage courant à Abidjan et dans plusieurs villes de Côte d'Ivoire. Des expressions inventées dans les studios de la série se retrouvent dans les conversations de rue, les groupes WhatsApp, les commentaires Instagram.
Écrite par Casimir Guelaté Lystoi'r et Stéphane Gando, produite et réalisée par Franck Vléhi, "Les Nounous" raconte l'univers des nourrices, des aides ménagères et des familles ivoiriennes contemporaines. Elle se passe à Abidjan — dans des appartements reconnaissables, des quartiers familiers, des situations que chaque spectateur a vécues.
C'est précisément cet ancrage dans le réel ivoirien qui explique son succès. La série ne se passe pas à Paris ou à New York. Elle parle de la vie à Abidjan, dans ses complexités, ses humours, ses tensions sociales. Elle parle à tout le monde parce qu'elle parle de tout le monde.
Les ADICOM Days 2026 ont révélé des chiffres qui auraient semblé utopiques il y a dix ans : les créateurs ivoiriens représentent désormais le troisième groupe de créateurs francophones africains sur YouTube (derrière le Sénégal et le Cameroun), et le premier sur TikTok pour le format comédie. Des annonceurs panafricains commencent à investir dans des placements de produit dans les séries ivoiriennes pour toucher non seulement la CI, mais aussi la diaspora africaine en Europe.
Ce qui se passe avec "Les Nounous" est profond : une série ivoirienne contribue à l'évolution de la langue française parlée en Côte d'Ivoire — ce nouchi urbain, ce français ivoirien qui mélange les registres, les langues locales, les expressions inventées.
C'est le signe d'une confiance culturelle. Les Ivoiriens n'ont plus besoin de regarder la France pour savoir comment parler, comment s'habiller, comment raconter leurs histoires. Ils se regardent eux-mêmes — et ils se trouvent intéressants.
C'est peut-être la révolution la plus silencieuse et la plus importante de la Côte d'Ivoire contemporaine.
Journaliste
Membre de la rédaction Scoop.Afrique.
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