Reportage · Mémoire du 29 octobre
Tanzanie : un an après les violences électorales, le deuil se vit sous surveillance
La commission officielle compte 518 morts, l'opposition parle de milliers. Jeudi encore, la police a mis en garde contre tout rassemblement.
Dar es Salaam — Publié le 31 octobre 2026 à 06:20

Twaha Bomeza a 61 ans, un éclat dans l'œil et quatre dents en moins. Il n'a pas de quoi payer l'opération. Joseph Zakayo, 37 ans, chauffeur de moto-taxi, garde une cicatrice à la cuisse. « Ma vie a fait un grand pas en arrière », dit-il.
Un an après le scrutin du 29 octobre 2025, remporté à 98 % par la présidente Samia Suluhu Hassan face à une opposition écartée de la course, la n'a pas pu commémorer ses morts. La police a mis en garde contre des rassemblements qu'elle juge « criminels », alors même qu'une commission présidentielle avait recommandé l'érection d'un mémorial. est restée calme, sous forte présence policière.
Le bilan reste disputé. La commission gouvernementale parle de 518 morts. L'opposition et les organisations de défense des droits avancent des milliers, jusqu'à 2 000 selon le parti Chadema, un chiffre que l'ONU dit ne pas pouvoir vérifier. Chadema a décrété sept jours de deuil, du 29 octobre au 4 novembre. Des messes ont été dites.
Les procédures continuent. Le chef de l'opposition, Tundu Lissu, sera jugé pour haute trahison le 6 novembre. John Pambalu a été inculpé de trahison la semaine dernière.
Fulgence Massawe, du Centre des droits humains, représente environ 56 personnes poursuivies sous des lois antiterroristes, que Amnesty International accuse d'être employées contre les critiques.
Tito Magoti parle d'un « état de terreur ». Anna Bwana, du cercle de réflexion Twaweza, estime que « l'État est très nerveux ». Le gouvernement, la police et la commission n'ont pas répondu à ces critiques dans les comptes rendus consultés.
Un pays peut-il tourner la page d'un deuil qu'il n'a pas le droit de nommer ?
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