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Depuis fin mars 2026, une vague de violences xénophobes embrase les townships de Durban et KwaZulu-Natal. Deux Nigérians morts en garde a vue, commerces incendies, migrants pourchasses. Le 3 mai, Abuja lance des vols de rapatriement volontaire pour 130 ressortissants. Le Ghana fait de même.
Publié le 6 mai 2026 à 16:32 UTC+0

Deux pays. Deux des plus grandes économies d'Afrique. Et leurs citoyens se fuient l'un l'autre comme des étrangers.
Depuis la fin du mois de mars 2026, une nouvelle vague de violences xénophobes déferle sur les townships de Durban, KwaZulu-Natal et plusieurs autres zones périurbaines d'Afrique du Sud. Des commerces ont été incendies, des migrants pourchasses dans les rues. Deux ressortissants nigérians ont perdu la vie dans des circonstances liées a ces troubles : Amamiro Chidiebere Emmanuel, mort le 25 avril des suites de coups reçus par des militaires de la South African National Defence Force, et Ekpenyong Andrew, tue dans un incident distinct. Face à l'ampleur de la situation, le président nigérian Bola Tinubu a ordonné un suivi renforcé et le gouvernement fédéral a annoncé le 3 mai l'organisation de vols de rapatriement volontaire pour au moins 130 ressortissants. La ministre des Affaires étrangères, Bianca Odumegwu-Ojukwu, a précisé que ce chiffre "devrait augmenter".
Le Nigeria n'est pas seul. Le Ghana, confronté à des incidents similaires visant ses ressortissants, a convoqué l'ambassadeur sud-africain a Accra une semaine avant Abuja et annonce à son tour l'évacuation de plusieurs de ses citoyens. Le 4 mai, le haut-commissaire par intérim de l'Afrique du Sud a été reçu au ministère nigérian des AE pour s'expliquer sur "les mauvais traitements infligés à des citoyens nigérians et les attaques contre leurs commerces". Le ministre sud-africain Ronald Lamola a indiqué que les deux pays s'étaient engagés à "approfondir leur coopération" sur la question migratoire. Pendant ce temps, la Chambre des représentants nigériane est allée plus loin en appelant à des sanctions économiques contre Pretoria.
Ces violences ne sont pas nouvelles. L'Université de Witwatersrand, via son observatoire Xenowatch, recense depuis 1994 : 669 morts, 5 310 commerces pillés et 127 000 personnes déplacées par la xénophobie en Afrique du Sud. Le taux de chômage y dépasse 32 %, et les migrants africains, accusés de "voler les emplois", sont les boucs émissaires d'une crise économique structurelle. Les groupes Opération Dudula et March and March ont organise ce 4 mai un "shutdown" national pour exiger l'expulsion de tous les étrangers.
Le paradoxe est douloureux. L'Afrique du Sud, présentée comme le pays de la réconciliation et de la "Nation arc-en-ciel" de Mandela, est aussi le pays où les Africains sont le plus régulièrement agressés par d'autres Africains. Et les mécanismes de solidarité continentale - Union Africaine, CEDEAO, SADC - restent muets ou impuissants face à des crises qui se répètent tous les deux ou trois ans.
En 2050, avec 2,5 milliards d'Africains à nourrir, éduquer et employer, le continent ne peut pas se permettre de traiter ses propres enfants comme des ennemis a l'intérieur de ses propres frontières.
Qu'est-ce qu'on appelle encore "panafricanisme" quand on brule les commerces de ses frères ?
Source image de couverture : KOLA SULAIMON / AFP
Journaliste
Membre de la rédaction Scoop.Afrique.
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