Cameroun politique
Cameroun : le parti d'Issa Tchiroma suspendu trois mois, l'opposition proteste
Le ministre de l'Administration territoriale suspend toute activité du Front pour le salut national du Cameroun. Plusieurs partis d'opposition parlent d'une manœuvre contre le pluralisme.
Yaoundé — Publié le 31 octobre 2026 à 07:35

Trois mois sans meeting, sans réunion, sans existence publique. Le Front pour le salut national du (FSNC), le parti d'Issa Tchiroma Bakary, est suspendu de toute activité sur l'ensemble du territoire.
La décision tient dans un arrêté signé le 27 octobre par Paul Atanga Nji, ministre de l'Administration territoriale. Elle court jusqu'au 27 janvier 2027. Le texte avance cinq motifs : appel à l'insurrection, atteinte à l'intégrité territoriale, à l'unité nationale et à la souveraineté, incitation à la violence ayant provoqué des destructions de biens, troubles graves à l'ordre public, et résidence à l'étranger d'un dirigeant statutaire. Il charge gouverneurs, préfets et sous-préfets de le faire appliquer et prévoit des poursuites contre les contrevenants.
Issa Tchiroma, candidat à la présidentielle de 2025, vit en exil en depuis novembre 2025. L'arrêté cite aussi les condamnations prononcées le 8 octobre par le tribunal militaire de contre 66 personnes. Le FSNC n'avait pas réagi officiellement à l'heure où ces lignes sont écrites.
L'opposition, elle, ne s'est pas fait attendre. Le PCRN invite le ministre à reconsidérer sa décision. L'UDC de Tomaino Ndam Njoya s'interroge : « S'agit-il d'une mesure conservatoire ou d'une autre sanction ? » Le Manidem de Valentin Dongmo parle d'« une manœuvre grossière du pouvoir RDPC ». Le MP3 dénonce « une attaque de plus contre le pluralisme politique » et réclame l'annulation. Le MPSC d'Aboubakar Siddiki résume son inquiétude en une formule : « Trois mois sur le papier. Cinq ans dans les faits. »
Ces appréciations sont celles de partis politiques. Le ministère, lui, n'a pas répondu aux sollicitations. Or une suspension de trois mois à l'approche des prochaines échéances électorales peut suffire à désorganiser un parti, qui perd ses réunions, ses militants et ses ressources. Reste à savoir si elle sera contestée devant la justice.
Un pays peut-il revendiquer le pluralisme et suspendre le parti du principal opposant ?
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