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Le 10 mai 2026, l'armée nigériane a bombardé le marché de Tumfa dans l'État de Zamfara, prétendument après un renseignement sur un rassemblement de chefs terroristes. 72 corps récupérés selon les chefs communautaires locaux. Plus de 100 morts selon Amnesty International Nigeria. Le 13 mai, l'ONU exige une enquête indépendante.
Publié le 16 mai 2026 à 18:24 UTC+0

Vers 14 heures ce dimanche 10 mai, des avions de l'armée nigériane survolent le marché hebdomadaire de Tumfa, dans la zone de gouvernement local de Zurmi, État de Zamfara. Les avions reviennent. Les bombes tombent. Sur le marché.
Selon Garba Ibrahim Mashema, chef communautaire de la zone administrative de Mashema, les habitants de plusieurs localités voisines, Kwashabawa, Birane, Kware, Gangara et Manawa, comptent parmi les victimes. "Jusqu'à présent, nous avons collecté 72 corps, certains étant méconnaissables en raison des explosions", a-t-il déclaré à l'AFP, précisant que de nombreux blessés ont été évacués vers les hôpitaux de Zurmi et de Shinkafi.
L'armée nigériane, dans un communiqué publié le soir même, a affirmé avoir mené des opérations terrestres et aériennes à la suite de renseignements sur "une réunion de haut niveau de chefs et commandants terroristes notoires" dans le village de Tumfa. Selon elle, la frappe a visé un lieu de rassemblement de terroristes, pas le marché. Les témoignages des survivants et des habitants de la zone racontent autre chose.
Amnesty International Nigeria a chiffré le bilan à plus de 100 civils tués et a demandé aux autorités davantage de transparence sur les circonstances de la frappe. Le 13 mai, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, Volker Türk, a dit être "consterné par les informations selon lesquelles des frappes aériennes de l'armée nigériane sur un marché de l'État de Zamfara auraient tué au moins 100 civils". Il a réclamé des enquêtes "indépendantes" et rappelé que les opérations militaires, même contre Boko Haram et l'État islamique en Afrique de l'Ouest, doivent respecter le droit international humanitaire.
Ce n'est pas la première fois. En décembre 2023, une frappe aérienne de l'armée nigériane avait pris pour cible un rassemblement de fidèles musulmans à Tudun Biri dans l'État de Kaduna, tuant au moins 85 personnes. En décembre 2025, des bombardements dans l'État de Sokoto avaient fait des victimes civiles. La bavure de Zamfara du 10 mai 2026 est la troisième grande erreur meurtrière en moins de seize mois.
Ce pattern répété dit quelque chose sur la qualité du renseignement utilisé par l'armée nigériane pour ses frappes aériennes dans le nord-ouest du pays. Il dit aussi quelque chose sur l'impunité avec laquelle ces erreurs sont traitées : un communiqué, des condoléances officielles, et une nouvelle opération quelques semaines plus tard.
Il n'y a pas de bavure acceptable. Il y en a des évitables.
Vous êtes originaire de l'État de Zamfara ou du nord-ouest du Nigeria ? Quelle est la réalité de la sécurité dans ces régions ?
Journaliste
Membre de la rédaction Scoop.Afrique.
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