Fil info
InfoNouveau site, même voix.
InfoNouveau site, même voix.
- InfoNouveau site, même voix.
500 millions d'Africains n'ont pas d'identité légale complète. Ce chiffre, porté par le forum ID4Africa tenu à Abidjan du 12 au 15 mai 2026, dit tout d'une Afrique qui veut s'intégrer économiquement sans s'être d'abord assurée que ses propres citoyens existent sur le papier.
Publié le 16 mai 2026 à 18:35 UTC+0

Elle est née dans un village de la région de Segou, au Mali, en 1992. Sa mère n'est pas allée à la mairie déclarer la naissance. La mairie était à deux heures de marche. Il fallait payer des frais. Elle n'a jamais su combien. Elle a élevé sa fille sans acte de naissance. Sa fille a grandi sans papiers. Elle n'a pas voté. Elle n'a pas de compte bancaire. Elle n'a pas accès aux programmes de santé maternelle qui exigent une carte d'identité. Quand son mari est mort, elle n'a pas pu hériter légalement de la maison dans laquelle elle vivait. Elle existe. Mais pour l'État, elle n'a jamais existé.
Ce scénario n'est pas une fiction. Il représente la vie de millions de femmes et d'hommes à travers le continent africain. Selon les données portées au forum ID4Africa qui s'est tenu à Abidjan du 12 au 15 mai 2026, environ 500 millions de personnes en Afrique n'ont pas d'identité légale complète. C'est le tiers du continent. Une personne sur trois ne peut pas prouver qui elle est aux institutions de son propre pays.
Les conséquences de cette absence sont concrètes, pas abstraites. Pas de compte bancaire : le mobile money, pourtant présenté comme la révolution financière africaine, suppose un numéro de téléphone enregistré à son nom, qui suppose lui-même une pièce d'identité.
Pas de vote : des élections se tiennent tous les ans en Afrique, et une partie significative des populations n'y participent jamais, non pas par désintérêt, mais parce qu'elles ne peuvent pas prouver qu'elles ont le droit de voter.
Pas de protection sociale : les filets de sécurité mis en place par des gouvernements pour leurs populations les plus vulnérables sont souvent conditionnés à la possession d'une identité légale.
Pas d'héritage légal : quand un parent meurt, un enfant sans acte de naissance peut se retrouver dépossédé de ses droits légaux par d'autres membres de la famille ou par des tiers.
L'Afrique de 2026 parle beaucoup d'intégration continentale, de Zone de libre-échange, de mobile money panafricain, de protection sociale, de démocratie numérique. Tous ces projets reposent sur une infrastructure fondamentale : la certitude que chaque personne qui y participe peut prouver qui elle est. Sans cette infrastructure, on construit sur du sable.
Des pays ont montré que c'est possible. Le Rwanda a digitalisé son état civil et son système d'identification nationale. Le Ghana a développé un système biométrique qui couvre une part croissante de sa population. L'Éthiopie et le Kenya ont lancé des initiatives similaires.
Ce n'est pas facile. Cela demande des investissements dans des zones rurales difficiles d'accès. Cela demande de gagner la confiance de populations qui se méfient parfois des bases de données gouvernementales après des expériences de régimes autoritaires. Mais c'est faisable.
En 2050, une Afrique intégrée et souveraine sera une Afrique où chaque naissance est enregistrée, où chaque citoyen dispose d'une preuve légale de son existence, où l'État et le citoyen se reconnaissent mutuellement.
Cette Afrique-là ne se construira pas sur les forums d'Abidjan ou de Kigali. Elle se construira mairie par mairie, village par village, naissance par naissance.
Connaissez-vous quelqu'un dans votre famille ou votre communauté qui n'a pas de papiers d'identité ? Comment cela affecte-t-il sa vie au quotidien ?
Journaliste
Membre de la rédaction Scoop.Afrique.
Connectez-vous pour partager votre analyse sur cet article. Les contributions sont relues par la rédaction avant publication.
Chargement des commentaires…