Bras de fer budgétaire
Sénégal : la commission des Finances rejette à nouveau la loi de finances rectificative
Vendredi, la commission des Finances de l'Assemblée a écarté le texte et les deux amendements du gouvernement. Le groupe PASTEF réclame des rapports avant tout vote.
Dakar — Publié le 31 octobre 2026 à 06:26

Deux fois rejetée, la loi de finances rectificative 2026 oppose désormais le gouvernement sénégalais à sa propre majorité parlementaire.
Vendredi 30 octobre, la commission des Finances de l'Assemblée nationale a rejeté le texte « à la majorité », sans qu'un décompte des voix soit publié.
Elle a aussi écarté les deux amendements du gouvernement. Le projet était revenu devant elle après la plénière de mardi, à la demande du ministre de l'Économie et des Finances, Cheikh Diba, sur la base de l'article 84 du règlement de l'Assemblée.
Le groupe PASTEF-Les Patriotes juge les réponses du ministre « insuffisantes et insatisfaisantes » et dénonce une « position rigide » de l'exécutif. Il avance cinq griefs : un manque de sincérité sur le déficit et la dette, des mesures inefficaces contre la vie chère, des choix d'investissement incohérents, un déficit de transparence, et le refus de rationaliser les agences et d'encadrer les fonds spéciaux. Il réclame quatre documents : le rapport du cabinet Forvis Mazars, celui de l'Inspection générale des finances, le rapport d'exécution budgétaire de septembre 2026 et la liste 2026 des bénéficiaires de transferts.
Le gouvernement a répondu par écrit le 29 octobre, en invoquant notamment le risque d'une crise énergétique. Le Premier ministre, Ahmadou Al Aminou Lo, avait prévenu le 25 octobre qu'un rejet pourrait entraîner un « éventuel report des paiements » aux entreprises et fournisseurs de l'État.
La pression vient aussi de l'extérieur. Jeudi, l'agence de notation Moody's a pointé le risque que représente l'absence d'approbation parlementaire de mesures essentielles du programme du FMI. La dette publique avoisinerait 97 % du PIB.
L'article 86 permet d'engager la responsabilité du gouvernement sur un texte financier. Les juristes se disputent sur son usage. Quand un gouvernement et sa majorité ne parlent plus la même langue, qui tranche ?
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